Sylvana Lorenz nous a quittés : mon hommage personnel à une femme libre, originale et inoubliable

Sylvana Lorenz nous a quittés : mon hommage personnel à une femme libre, originale et inoubliable

Il y a des disparitions qui ont la violence d’un silence. Celle de Sylvana Lorenz me touche sincèrement. Parce qu’au-delà du personnage public, flamboyant, excessif parfois, il y avait une femme libre. Une vraie. De celles qu’on n’oublie pas.

J’ai rencontré Sylvana Lorenz il y a presque vingt ans, lors d’une émission de Stéphane Bern où nous étions conviés à débattre autour d’un thème un peu caricatural mais amusant : Paris contre la province.

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Elle incarnait tout ce qu’on fantasme de Paris : l’audace, la culture, le panache, la liberté de ton. Moi, je venais avec mes convictions, elle avec son exubérance. Très vite, j’ai été séduit par son esprit. Sylvana était drôle, provocatrice, vive. Elle savait séduire sans effort, déstabiliser avec élégance, et rire de tout, surtout d’elle-même.

On l’appelait souvent “Madame Cardin”, tant son nom restera lié à celui de Pierre Cardin. Muse, complice, ambassadrice d’un certain art de vivre à la française, elle fut l’une des femmes les plus emblématiques de l’univers du couturier. Pendant des années, elle a évolué dans les sphères de la mode, de l’art, des nuits parisiennes et des mondanités sans jamais perdre ce qui faisait sa singularité : une énergie presque animale, un goût du risque, du beau, de la fête et de la transgression.

Née à Nice, cette Méditerranéenne solaire avait gardé de ses origines une chaleur et une exubérance rares. Sylvana aimait la vie avec gourmandise. Elle aimait l’art passionnément. Galeriste, collectionneuse, passeuse de talents, elle défendait les artistes avec une fougue sincère. Elle aimait aussi la séduction, le flirt, les conversations interminables et les êtres singuliers. Elle parlait fort, riait fort, vivait fort. Elle était de celles qui entrent dans une pièce et déplacent l’air.

Sa fille comptait énormément pour elle. Elle m’en parlait souvent avec tendresse, avec cette fierté presque féline des mères libres qui admirent chez leur enfant un prolongement d’elles-mêmes. Elle aimait transmettre, protéger, initier.
Nous nous voyions peu. Paris est une ville où l’on promet souvent de se revoir “très vite” sans toujours tenir parole. Mais nos échanges étaient restés charmants, enthousiastes, sincères. Chaque message de Sylvana ressemblait à Sylvana : chaleureux, excessif, ponctué d’une formule drôle ou d’une exclamation théâtrale. Elle avait ce talent rare de donner de l’élan aux gens.

Sur Le Mague, j’avais eu le plaisir de l’interviewer. Fidèle à elle-même, elle s’y livrait sans filtre. Elle y parlait de son amour absolu de l’art, de son admiration pour les créateurs hors normes, de sa fascination pour les hommes brillants et des femmes courageuses. Elle disait en substance que “l’art doit déranger, séduire ou faire rêver, sinon il ne sert à rien.” Cette phrase, tellement sylvanesque, résume bien son existence. Séduire, déranger, faire rêver : elle a fait les trois.

Elle racontait aussi son rapport viscéral à la liberté. Refuser les cases. Refuser l’ennui. Refuser la médiocrité. Elle assumait ses excès, ses passions, ses contradictions. Dans une époque qui formate, Sylvana Lorenz demeurait une merveilleuse anomalie joyeuse et attachante.

Figure parisienne par excellence, elle restait pourtant cette Niçoise extravertie, jouisseuse, expérimentatrice, toujours prête à aimer, à rire, à provoquer ou à recommencer. Une femme qui ne demandait jamais pardon d’être trop vivante.
Aujourd’hui, Paris paraît un peu moins brillant. Un peu moins drôle. Un peu moins libre.

Je suis très triste.
Et je sais que beaucoup le seront.

Adieu Sylvana. Merci pour ta folie, ton élégance et ton irrévérence. Merci d’avoir rappelé à tant de gens que la vie devait se croquer, l’art se défendre, et l’amour se vivre sans retenue.

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le 23/04/2026
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