J’ai implosé à 50 ans : naissance brutale d’une neuroatypie

J'ai implosé à 50 ans : naissance brutale d'une neuroatypie

Quelque chose de violent, de terrassant, voulait sortir de moi. C’est par d’effroyables douleurs physiques que les premiers signes de ma neuroatypie ont fait leur apparition. Des coups de poignards symboliques, dans mon ventre, mon entre. Ça hurlait dans mon corps, dans ma chair, ça me mettait à terre. Un combat que je ne pouvais plus mener.

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Une lutte contre moi-même que je devais arrêter. J’ai tenté d’étouffer ces signes par la force de mon esprit, par le déni, avec courage, souffrance et peur. J’ai déclaré forfait de moi-même. Pour la première fois de mon existence, je perdais le contrôle. Le barrage s’était fissuré, je ne pouvais plus retenir l’eau qui se déversait tragiquement.

Mon corps criait, se rebellait, se révoltait. Je devais l’écouter, je devais assumer enfin cette identité, parce que je mourrais lentement à ma vie. J’ai étouffé pendant cinquante années ce que je suis, par peur, par ajustement des autres, pour ne pas faire trop d’ombre ou pour ne pas trop scintiller au sein d’une famille normée. J’ai appris à me conformer aux attentes, dans une souffrance silencieuse, perdant petit à petit le sens de ma vie.

Cette fois-ci, mon quota de tolérance était atteint. J’explosais sur place, j’implosais de l’intérieur. Ce déni de moi-même avait assez duré. Qui suis-je sans masques ? Qui suis-je sans mon camouflage ? J’ai tout mis en stand-by. Stop, pousse, j’arrête ! Pause ! Il est temps que je me sauve de moi-même. Alors, j’ai quitté Paris. Je me suis isolée en pleine campagne. J’ai volontairement tout simplifié. Aucune distraction.

Et puis j’ai marché… J’ai marché des heures, des jours, des tempêtes, des colères, des larmes avec pour seul ami : le dépouillement le plus extrême. Pas de fards, pas de maquillage, pas de réseaux, pas de chauffage, pas de rencontres, pas de soirées, sans autre but que celui de ressentir la vie. Marcher pour renaître à soi. Alors, dans le silence assourdissant du monde, dans l’indifférence des autres, j’ai été à ma rencontre. Je me suis surpassée, dépassée, challengée. J’ai rencontré le vide immense, celui qui donne le vertige, celui qui donne la nausée, celui qui fait tourner la tête. Je suis sortie volontairement du chemin de ma vie pour oser affronter l’ascension du sommet de la vérité.

Mais plus je marchais, plus j’approchais d’une mort symbolique. « Sortir de sa zone de confort » ?, non, moi c’était bien plus. Je suis sortie des rails. C’était plus violent, plus tranchant, plus risqué. Je me suis donnée l’ultimatum de soi au monde. Je me suis questionnée, je me suis violentée. J’ai accepté de n’être plus rien, plus personne, inexistante pour tous. Moi, sans artifices, brute, animale et solitaire. J’ai défié mes peurs, ma fatigue, mes cauchemars, mon isolement. Un reset de moi-même. Je me suis battue contre les morts, contre mon histoire. De cette colère silencieuse, de ma naissance jusqu’au point de ma propre rupture. J’ai tenu cinquante années dans ce grand bal masqué, mais je n’avais plus la force, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, de continuer. J’ai effectué un voyage dans les profondeurs de ma conscience.

Un voyage ou le passé, le présent et les souvenirs se mélangent. Des images, des mots, des scènes sont revenues à moi comme des puzzles, des kaléidoscopes éclatés. Un mélange complexe d’« arrêts sur image », de mémoire visuelle, olfactive et sensorielle. Je me suis mise au rythme de la nature, de la lumière et j’en ai accepté toutes ses météos. J’ai pensé, j’ai médité, j’ai réfléchis, j’ai analysé, j’ai ressenti. J’ai refait la lecture autobiographique du livre de ma vie. Ce voyage fait peur, et peu souhaitent le vivre. On transpire de la souffrance, on est jaune, vert, noir.

Parfois il y a du bleu, mais ce bleu est foncé, le bleu d’une nuit interminable de torpeur et d’effroi. Les couleurs y sont saturées, contrastées. C’est un bleu roi, le bleu de la Reine qui s’invite quand je ne lui demande pas, malgré moi. Le bleu de la couleur préférée de ma mère. Le bleu de la peinture de Van Gogh mais sans les étoiles. J’ai eu peur. J’ai eu mal comme si on me transperçait à vif, du coeur jusqu’au cerveau.

J’ai vu dans le miroir des reflets que je ne souhaitais pas voir. Ainsi commença l’histoire du début de ma nouvelle vie.

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le 19/04/2026
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