Pourquoi dit-on « navet » au cinéma ? Origine, définition et exemples de films ratés

Pourquoi dit-on « navet » au cinéma ? Origine, définition et exemples de films ratés

On ne naît pas “navet” au cinéma, on le devient, souvent malgré soi, parfois avec panache. L’expression, aujourd’hui passée dans le langage courant, désigne un mauvais film, raté sur le fond comme sur la forme, incapable d’émouvoir, de divertir ou même de scandaliser dignement. Mais derrière ce mot potager un peu ridicule se cache une histoire plus ancienne et plus subtile qu’il n’y paraît.

À l’origine, le mot “navet” n’a rien à voir avec le cinéma. Il surgit dans le monde de la peinture au XVIIIe siècle. Les élèves des Beaux-Arts, lassés de reproduire des modèles académiques, qualifiaient de “navets” les œuvres fades, sans imagination, exécutées mécaniquement pour plaire aux professeurs ou au marché. Le terme s’impose ensuite dans le vocabulaire critique pour désigner une œuvre artistique sans valeur, molle, sans relief, comme le légume lui-même, symbole de banalité et de fadeur.

Quand le cinéma apparaît à la fin du XIXe siècle, il récupère naturellement tout un lexique critique déjà en place. Très vite, les critiques et le public parlent de “navet” pour désigner un film raté. Le mot s’impose d’autant plus facilement que le cinéma produit, dès ses débuts, une quantité industrielle d’œuvres inégales. Entre chefs-d’œuvre et productions bâclées, il fallait bien un mot simple, parlant, presque moqueur. “Navet” coche toutes les cases.

Mais qu’est-ce qu’un navet, concrètement ? Ce n’est pas seulement un “mauvais film”. C’est un film qui échoue à tous les niveaux : scénario indigent, dialogues absurdes, jeu d’acteur approximatif, mise en scène paresseuse, effets spéciaux risibles ou anachroniques. Là où un film médiocre peut encore se laisser regarder, le navet provoque souvent un mélange d’ennui et de gêne. Paradoxalement, certains navets deviennent cultes précisément à cause de leur nullité, tant leur ratage est spectaculaire.

On pense par exemple à The Room, souvent cité comme l’un des pires films de tous les temps, devenu culte pour son absurdité totale. Ou à Batman & Robin, blockbuster au budget colossal qui s’est transformé en caricature involontaire du genre super-héroïque. Dans un registre français, certains films comiques oubliés ou certaines suites opportunistes entrent aussi dans cette catégorie : produits rapidement, sans exigence, pour capitaliser sur un succès passé.

Il faut être honnête : le navet n’est pas toujours involontaire. Certains films sont conçus avec cynisme, en visant uniquement la rentabilité, sans ambition artistique. Là, le spectateur le sent immédiatement. Et c’est souvent ce qui agace le plus : l’impression qu’on le prend pour un idiot.

Mais le phénomène est plus complexe. Il existe aussi des “beaux ratés”, des films sincères mais maladroits, qui deviennent des navets malgré eux. Ceux-là suscitent parfois une forme de tendresse. Ils rappellent que le cinéma est un art fragile, où tout peut basculer, un mauvais casting, un montage raté, une idée mal exploitée, et tout s’effondre.

Au fond, traiter un film de “navet”, c’est poser un jugement brutal mais populaire. C’est un mot qui ne s’embarrasse pas de théorie. Il tranche. Il amuse. Et il rappelle que le cinéma, même lorsqu’il échoue, reste un spectacle. Parfois involontairement comique, parfois désastreux, mais rarement indifférent.

Et c’est peut-être ça, le vrai paradoxe du navet : il échoue à être un bon film… mais réussit souvent à exister dans les mémoires.