Robert Ménard : itinéraire d’un insoumis passé de la gauche radicale à la droite dure
ll y a chez Robert Ménard quelque chose qui dérange autant qu’il fascine, une cohérence intime derrière une trajectoire apparemment contradictoire. Ancien militant de gauche, fondateur de Reporters sans frontières, figure de la défense acharnée de la liberté d’expression, il est devenu maire de Béziers en 2014 avec le soutien de la droite dure, flirtant parfois avec les thèmes du Front national sans jamais s’y dissoudre totalement. Un parcours qui, vu de loin, ressemble à une trahison idéologique. Vu de plus près, c’est autre chose : une obsession de la liberté, poussée jusqu’à ses contradictions.
Dans les années 80 et 90, Ménard est un homme de gauche au sens presque classique du terme : défense des opprimés, combat contre la censure, soutien aux journalistes emprisonnés aux quatre coins du monde. À la tête de RSF, il incarne une parole libre, parfois provocante, souvent courageuse. Il se fait des ennemis, déjà. Il aime ça. Il y a chez lui un goût du combat qui dépasse les étiquettes.
Puis le virage. Lent, progressif, mais réel. La question migratoire, l’insécurité, le sentiment d’abandon des territoires. Ménard bascule, ou plutôt déplace son centre de gravité. Là où beaucoup changent de discours par opportunisme, lui donne le sentiment d’avoir changé de grille de lecture. Ce n’est pas le même homme, mais ce n’est pas non plus un reniement total. Il reste ce qu’il a toujours été : un agitateur.
Élu maire de Béziers, il devient une figure nationale. Ses décisions font polémique, ses déclarations aussi. Il teste les limites, joue avec les lignes rouges, provoque les médias qu’il connaît parfaitement. On peut lui reprocher beaucoup, et beaucoup ne s’en privent pas, mais pas de s’ennuyer en l’écoutant. Il pense, il tranche, il assume. Dans un paysage politique souvent aseptisé, il détonne.
Ce qui rend Ménard intéressant, ce n’est pas tant ses positions que sa manière de les habiter. Il n’est pas un produit politique formaté. Il ne parle pas comme un communicant. Il parle comme quelqu’un qui a déjà vécu plusieurs vies idéologiques et qui refuse de s’excuser de ses contradictions. C’est rare, et c’est pour cela que même ses adversaires tendent l’oreille.
Il y a chez lui une forme de liberté brutale, parfois dérangeante, parfois stimulante. Un refus de rentrer dans les cases, quitte à se perdre en chemin. À une époque obsédée par la pureté idéologique et les camps bien définis, Robert Ménard reste un électron libre. Et c’est précisément ce qui le rend, au fond, si difficile à classer, et si passionnant à observer.
