Pourquoi faire encore des bébés dans un monde qui va aussi mal ?

Pourquoi faire encore des bébés dans un monde qui va aussi mal ?

Il faut être honnête, poser un enfant dans le monde aujourd’hui, c’est un acte qui frôle l’irrationnel. Entre les guerres qui s’enlisent, les démocraties qui tanguent, le climat qui s’emballe et un bruit médiatique permanent qui donne l’impression d’un effondrement imminent, l’idée même de procréer semble presque indécente. Et pourtant, les gens continuent. Mieux : ils désirent encore. Alors pourquoi ?

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Parce qu’un enfant n’est pas une réponse logique. C’est un geste. Presque une œuvre.

D’un point de vue strictement rationnel, les arguments contre s’empilent. La planète suffoque, les tensions géopolitiques s’intensifient, les inégalités explosent. Faire un enfant dans ce contexte, c’est accepter de lui léguer une part d’incertitude, voire d’angoisse. Certains y voient une forme d’égoïsme, d’autres une inconscience douce. Il y a même une nouvelle morale qui s’installe : ne pas faire d’enfant serait plus responsable. Plus propre.
Mais la vie n’a jamais été un projet propre.

Si l’on bascule du côté esthétique, tout change. Faire un enfant, c’est produire du vivant. C’est créer une variation imprévisible à partir de soi. C’est un mélange de hasard et de nécessité, une forme brute de création artistique, sans contrôle total, sans garantie de réussite. Là où l’art classique cherche à figer le beau, l’enfant incarne le beau en mouvement. Il est chaos, promesse, contradiction. Il est ce que l’époque ne peut pas totalement formater. Et c’est précisément pour ça que certains continuent.

Socialement, faire un enfant reste un acte de lien. Dans un monde fragmenté, où tout pousse à l’individualisme, l’enfant oblige à sortir de soi. Il impose une temporalité longue, une responsabilité concrète, une attention quotidienne. Là où la société moderne encourage la liberté immédiate, l’enfant réintroduit de la contrainte. Et paradoxalement, cette contrainte donne du sens. Elle ancre. Elle stabilise. Elle relie à quelque chose de plus vaste que soi.

Politiquement, c’est encore plus troublant. Faire un enfant, c’est parier sur l’avenir. C’est refuser l’idée que tout est déjà foutu. C’est une forme de résistance silencieuse. Dans une époque saturée de discours catastrophistes, donner la vie revient à dire : “je n’y crois pas totalement à votre effondrement.” C’est presque subversif. À l’inverse, ne pas faire d’enfant peut aussi être un geste politique, un refus de participer à un système jugé destructeur. Les deux positions se tiennent. Les deux racontent une vision du monde.
Mais au fond, la vraie question est ailleurs.

Pourquoi certains, malgré tout, ressentent ce désir presque animal, presque irrationnel ? Parce que l’humain ne se résume pas à une équation coût-bénéfice. Il y a dans le fait de transmettre quelque chose, un regard, une sensibilité, une manière d’habiter le monde, une pulsion qui dépasse la logique. Une envie de continuité. Pas forcément biologique, d’ailleurs. Certains la vivent à travers l’art, d’autres à travers l’enseignement, d’autres encore à travers un enfant.

Faire un enfant, ce n’est pas croire que le monde va bien. C’est accepter qu’il est imparfait, et décider quand même d’y inscrire une trace vivante.

Il y a quelque chose de profondément vertigineux là-dedans. Et un peu fou.
Alors non, faire des bébés aujourd’hui n’est pas une évidence. Ce n’est plus un automatisme social. C’est devenu un choix chargé, presque philosophique. Certains refusent, et ils ont de très bonnes raisons. D’autres acceptent, sans être naïfs pour autant. Ils savent. Mais ils y vont quand même.

Peut-être que la vraie réponse tient en une ligne simple, presque dérangeante. On ne fait pas des enfants parce que le monde va bien.
On en fait parfois parce qu’on refuse qu’il aille complètement mal et qu’on garde un petit espoir magnifique.

le 10/04/2026
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