Artiste neuroatypique, le dessin comme langage silencieux.

Artiste neuroatypique, le dessin comme langage silencieux.

La fenêtre est ouverte, je sens une légère brise d’air me caresser le visage, des enfants au loin jouent et crient. Des oiseaux chantent comme ils volent. Ils traversent l’air comme des cerfs-volants. Un vert pomme arrive, il illumine la toile, c’est un jardin d’été à Séville, c’est une végétation luxuriante contrôlée, structurée comme dans mes dessins. C’est à la fois Versailles et l’Espagne. Je me sers une boisson jaune.

Elle pétille, des bulles minuscules, des cristaux de lumière. Une fontaine dans mon parc imaginaire. Elle se trouvera à l’extérieur de ma page, hors cadre. Mes dessins ne s’arrêtent pas dans l’espace de la feuille, ils vivent en dehors aussi, sur des espaces invisibles mais que je vois, moi très clairement. Je suis la « cheffe » des travaux d’un hors limite non visible.

Quand je dessine une forme, elle revient en écho sous ma main, des lignes se replient, se répètent, des cercles en appellent d’autres, une petite géométrie se propage sur ma page. J’entends les couleurs en son. Mon dessin devient une symphonie qui se joue en direct. Ce n’est pas seulement un dessin, c’est un rythme.

Une forme appelle la suivante avec fidélité. Ma main sait où elle va. Mon regard suit le tracé. Ainsi je me sens en sécurité, en cohérence avec ma manière d’être au monde. Le dessin devient une respiration. Une ligne, puis une autre, puis la même, légèrement déplacée.

Dans cette répétition, quelque chose se calme en moi. Le monde retrouve une structure lisible. Les formes deviennent des petites lois silencieuses. Et puis il ya la beauté des motifs eux-mêmes. La nature les aime autant que moi. Le monde vivant semble construit comme un immense dessin répétitif.

Quand je dessine des motifs, je fais quelque chose de très ancien ; je reproduis la manière dont la nature elle-même organise la beauté, par la répétition, par le rythme, par des variations minuscules dans une forme qui revient.
Mes dessins ne sont pas seulement des dessins. C’est une manière d’habiter le calme. Une manière de me rendre le monde plus lisible. C’est transformer une page blanche en un petit univers où chaque chose sait précisément où elle doit être. Mes dessins sont mon langage non verbal. Chaque ligne ajoutée est une petite décision, une petite présence. Un motif qui s’étend lentement sur une feuille, c’est ma pensée qui prend forme : il grandit, il se ramifie, il occupe l’espace avec patience.

Ce n’est pas du bruit. C’est une organisation du silence.

Je regarde, j’observe la vie dehors, le jardin, le mouvement de la nature. Du vert foncé, plus clair parfois, du jaune par ci, du beige par là, du marron foncé, du gris et un cerisier. J’en prends plein la rétine, plein les pupilles. Je dessine appliquée, concentrée, happée par mes images mentales que je tente de retranscrire. Je suis structurée dans mes dessins colorés et je me sens libre.

Le monde naturel parle doucement, mais il parle avec précision, avec vérité. Quand je marche dans la nature, rien ne me demande d’interpréter un sourire, de deviner une intention ou de comprendre une règle invisible. La nature ne joue pas un rôle. Elle est elle, simplement. Son silence est honnête. La lumière traverse les espaces végétaux avec une logique presque mathématique. Elle se fragmente, se répète, se transforme en milliers de petites formes colorées. Mon regard s’y accroche comme à un motif régulier, comme à une équation visuelle que je pourrais contempler pendant des heures, hypnotisée par sa beauté.

Le vent dans les branches n’est pas seulement un bruit. C’est une structure, une architecture. Une alternance. Un rythme qui revient, qui varie légèrement, comme une symphonie minimaliste. Mon esprit aime ces régularités. Elles me rassurent.
La nature, elle, ne me demande pas d’être rapide. Elle me permet de regarder longtemps un détail que d’autres ne remarquent pas : la géométrie parfaite et spectaculaire d’une toile d’araignée, la répétition presque fractale des nervures d’une feuille, la façon dont une rivière organise son mouvement autour des pierres.

Dans ces motifs, je trouve quelque chose de très calme : le monde n’y est pas chaotique. Il suit des règles silencieuses. J’aime les structures et les détails, c’est peut-être pour cela que la nature me touche tant. Elle offre des formes, des couleurs, des rythmes. Elle est à la fois simple et infiniment complexe. Il en va de même pour mes dessins. Des graphismes de formes simples, évoluants en structures complexes.

J’aime la beauté qui n’est pas spectaculaire. J’aime la beauté patiente. Elle se trouve, selon moi, dans la répétition des choses ordinaires. La même vague qui revient, le même chant d’oiseau qui recommence, la même lumière qui change lentement. C’est à cette vitesse là que j’aime regarder le monde. En boucle, en douceur.

J’aime que le monde existe doucement, car mon regard peut rester assez longtemps pour le comprendre. Dans ce temps étiré, quelque chose apparaît : la beauté ne vient pas d’un évènement spectaculaire. Elle naît de la répétition tranquille des choses.
C’est une beauté qui ne cherche pas à être vue. Elle existe même si personne ne la remarque.

La beauté des choses ordinaires ne se montre pas immédiatement. Elle ne se précipite pas vers le regard. Elle attend. Le monde passe à côté d’elle parce qu’ils marchent trop vite. Ils regardent pour reconnaître pas pour voir. Une pierre est une pierre, une flaque d’eau est une flaque d’eau et l’esprit continue son chemin.
Moi, je vois les transformations discrètes se produire.

Une flaque d’eau cesse d’être une flaque d’eau. Elle devient un voyage, un nouveau territoire.