Quand la mort devient un prétexte à fouiller les draps, le journalisme transformé en putaclic !

Quand la mort devient un prétexte à fouiller les draps, le journalisme transformé en putaclic !

Il y a quelque chose de profondément dérangeant, presque indécent, dans cette mécanique désormais bien huilée qui consiste, à peine une personnalité publique disparue, à voir surgir une nuée d’articles médiocres prétendant “révéler” sa vie intime, ses liaisons, ses supposées conquêtes, comme si l’essentiel d’une existence pouvait se résumer à une liste de noms glanés dans les coulisses.

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On ne parle plus d’hommage, encore moins de mémoire, mais d’un voyeurisme paresseux maquillé en information, une manière facile de générer du clic en exploitant à la fois la mort et le sexe, deux moteurs primitifs qui garantissent du trafic sans aucun effort éditorial. L’exemple récent autour de Bruno Salomone et Isabelle Mergault est révélateur de cette dérive : à peine le choc passé, certains titres n’ont rien trouvé de mieux que de ressortir des anecdotes de coulisses, des rumeurs anciennes, ou des “histoires de cœur” sans intérêt, comme si cela apportait la moindre clé de compréhension de leur parcours ou de leur œuvre.

Mais il faut appeler les choses par leur nom, ce journalisme-là n’est plus du journalisme, c’est de la “pute à clic”. Une industrie du racolage émotionnel où l’on monnaye l’indécence contre quelques milliers de vues, où l’on remplace le travail, l’écriture, la compréhension d’une trajectoire par des accroches sordides et faciles. On ne cherche plus à informer, ni même à raconter, on cherche à appâter. Et quoi de plus efficace qu’un mort récent et quelques insinuations sexuelles pour capter une audience distraite ? Le pire, c’est que cette logique contamine tout : les titres deviennent de plus en plus vulgaires, les contenus de plus en plus creux, et l’exigence éditoriale disparaît complètement derrière la course au trafic.

Ce glissement est révélateur d’une époque qui a perdu le sens des priorités : on célèbre moins les œuvres que les rumeurs, moins les idées que les ragots. On ne raconte plus une carrière, on fouille un lit ; on ne transmet plus une mémoire, on fabrique du bruit. Et dans ce vacarme, les figures disparaissent une seconde fois, non pas dans la mort, mais dans la caricature qu’on fait d’elles. Le plus grave, au fond, ce n’est pas seulement la médiocrité de ces contenus, c’est leur banalisation. Comme si c’était devenu normal, presque attendu, qu’à chaque disparition corresponde son lot d’articles creux, intrusifs et parfaitement inutiles.

Alors oui, il faut le dire sans détour , réduire une vie à ses supposées coucheries au moment même où elle s’achève, ce n’est pas seulement pauvre, c’est une faillite morale et intellectuelle. Et tant que ce type de contenus continuera à faire du clic, certains continueront à s’y vautrer. Reste une question simple, presque brutale : est-ce vraiment ça qu’on veut lire quand quelqu’un disparaît ? Ou est-ce qu’on est en train, collectivement, d’accepter que la mémoire elle-même devienne un produit bas de gamme ?

le 24/03/2026
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