Isabelle Mergault, l’actrice et réalisatrice que personne ne pouvait dompter

Isabelle Mergault, l'actrice et réalisatrice que personne ne pouvait dompter

Isabelle Mergault est morte. Et déjà, le silence paraît trop lisse pour elle.

Parce que Mergault, ce n’était pas du silence. C’était un bruit. Un grain. Une aspérité. Une voix impossible à lisser, ce zozotement devenu signature, presque un pied de nez permanent à tous ceux qui rêvent d’un monde bien rangé. Elle n’était pas là pour rassurer. Elle était là pour déranger, doucement, mais sûrement.

Il y a des actrices qu’on admire. Elle, on la reconnaissait. Immédiatement. Sans générique, sans lumière, sans maquillage. Une présence qui déborde. Une liberté qui ne s’excuse pas.

Chez Coluche déjà, elle imposait quelque chose de rare : une femme drôle qui ne demandait pas l’autorisation de l’être. Et ça, dans le paysage français, c’est presque un acte politique. Elle n’était ni la faire-valoir, ni la caricature, ni la caution. Elle était le centre, même quand on ne voulait pas le voir.

Puis il y a eu le cinéma, et surtout ce coup de tonnerre inattendu, Je vous trouve très beau. Un succès populaire immense, mais jamais vulgaire. Mergault y prouvait ce qu’on pressentait déjà : elle savait parler à tout le monde sans se renier. Sans jamais simplifier son regard. Elle touchait juste, parce qu’elle n’essayait pas d’être aimée, elle l’était.

Drôle, oui. Mais jamais seulement drôle. Chez elle, le rire avait toujours un arrière-goût. Une lucidité, parfois cruelle, souvent tendre. Elle voyait clair dans les gens. Dans leurs ratés, leurs maladresses, leurs solitudes. Et au lieu de juger, elle les embrassait.
Et puis il y avait cette sensualité étrange, indomptable. Une féminité libre, sans mode d’emploi. Pas fabriquée, pas calibrée. Elle ne jouait pas à être désirable — elle l’était, malgré elle, contre les codes, presque contre l’époque.

Isabelle Mergault n’a jamais été “dans le système”. Elle était à côté. Et c’est précisément pour ça qu’elle comptait autant.

Aujourd’hui, ce qui disparaît avec elle, ce n’est pas seulement une actrice. C’est une façon d’être au monde. Une manière de ne jamais rentrer dans le rang.
Et ça, ça ne se remplace pas.

Isabelle Mergault naît le 11 mai 1958 à Paris. Comédienne, humoriste, auteure et réalisatrice, elle s’impose dès les années 1980 par sa personnalité atypique et sa voix singulière, reconnaissable entre toutes.
Révélée au grand public aux côtés de Coluche, elle développe rapidement une carrière entre théâtre, télévision et cinéma, cultivant une image de femme libre, drôle et inclassable.

Dans les années 2000, elle passe à la réalisation avec un succès fulgurant : Je vous trouve très beau (2006), qui attire plus de 3 millions de spectateurs et confirme son talent de conteuse populaire. Elle enchaîne avec plusieurs films où elle mêle humour, tendresse et regard acéré sur les relations humaines.
Isabelle Mergault restera comme une figure à part du cinéma français, une actrice instinctive, une autrice directe, une voix impossible à normaliser. Et bien sûr sociétaire inoubliable aux Grosses têtes de Laurent Ruquier sur RTL.

Filmographie essentielle

Actrice :
Inspecteur la Bavure (1980)
La Smala (1984)
Le Bal des casse-pieds (1992)
Meilleur Espoir féminin (2000)

Réalisatrice / scénariste  :
Je vous trouve très beau (2006)
Enfin veuve (2007)
Donnant, donnant (2010)
Des gens qui s’embrassent (2013)