Lewis Caroll avait imaginé une soeur à Alice au pays des merveilles

Lewis Caroll avait imaginé une soeur à Alice au pays des merveilles

Dessiner c’est être au plus près de ses recherches, de son parcours de son chemin. C’est reprendre la route, la traversée de la ligne, de la forme et de la couleur. Ecrire c’est dire en secret dans l’espoir d’être lu et accepter la possibilité de ne pas l’être. C’est laisser une chance au monde. C’est palpitant, c’est une sorte de jeu avec des habits d’adultes et des lois d’enfants.

C’est jeter une bouteille à la mer, c’est chercher les oeufs de Pâques dans un jardin imaginaire. Une sorte de jeu symbolique. Mes écrits sont des messages comme mes dessins. J’utilise mon univers intérieur pour m’adresser au monde extérieur. Mon langage, je le veux poétique. Je créer des objets contenants des discours poétiques. Un livre est un objet, un dessin aussi.

C’est un besoin physique et mental. Ma pensée doit sortir, doit être dite, retranscrite. Elle vient de mes viscères. Au delà de mon squelette, de mon cerveau, de mon corps il y a quelque chose d’invisible et d’immatériel qui doit être retranscrit, soit par le dessin, soit par l’écriture.

Pour moi, écrire et dessiner sont deux choses identiques. Des soeurs jumelles dizygotes de l’expression. Mes concepts visuels immatériels sortent pour exister en tant qu’objets concrets, matériels et esthétiques. Mettre en image ce qui n’existe pas mais qui est profondément en moi. Cela m’obsède, c’est une pression permanente.

Je ne l’avais ni remarqué, ni entendu, mais un homme est assis près de moi. Dans la création je suis focus, plus rien ne compte, le temps est comme suspendu. Il feuillète paisiblement un livre, puis lève la tête et comme si tout était naturel, il s’adresse à moi :

« Tu es comme Alice, Juliette. Alice au pays des Merveilles. Tu vies dans un monde ou l’imagination est reine. » me lance d’un ton direct Lewis Carroll

Moi : Je ne t’ai pas vu entrer Lewis. J’étais complètement absorbée par la création. Sais-tu qu’Alice’s Adventures in Wonderland a été mon premier livre de coeur lorsque j’étais enfant ? Je l’ai lu et relu, en boucle, comme tout ce que j’aime. Je ne lisais pas Alice, je devenais Alice.

Lewis Caroll : Je le conçois aisément, car pour un être très créatif et sensible à l’art comme toi Juliette, cette histoire est un terrain de jeu idéal.

Moi : Dans ton livre Lewis, tu as fait disparaître toute logique ordinaire. Les règles se plient, les objets parlent, les proportions changent. Tu m’as autorisé à penser autrement. Je me suis sentie Alice vivant l’histoire.

Lewis Caroll : Ce n’est pas très surprenant, dit-il en souriant. Mon Alice, voit un monde qui change constamment : grandir, rétrécir, se perdre. Mon thème te touche particulièrement parce tu ne cesse de t’interroger sur la manière dont tu perçois la réalité.

Moi : C’est un sujet très proche de la création artistique Lewis. Quoi de mieux qu’un livre sur la perception ?

Lewis Caroll : Je montre simplement que la réalité n’est jamais fixe. Dans ton univers artistique c’est presque une philosophie. Mais il n’y a pas que ça. Mon Alice te ressemble parce que c’est une héroïne libre. Elle refuse de se laisser dominer par ce monde complètement fou. Elle observe, questionne, résiste. Une femme curieuse et indépendante. Une femme libre.