Le fils de Gisèle Pelicot veut faire un one man show sur les viols de Mazan, et alors ?
Le cas de Florian Pelicot met beaucoup de gens mal à l’aise, et on peut comprendre pourquoi. L’affaire des viols de Mazan, révélée lors du procès de son père Dominique Pelicot, fait partie de ces événements qui marquent profondément l’opinion publique. C’est une tragédie humaine et judiciaire, un dossier d’une violence extrême qui a bouleversé la France. Mais justement, c’est dans ces moments-là que se pose la question fondamentale de la liberté artistique et de la responsabilité individuelle.
Florian Pelicot n’est pas son père. Il est le fils d’un criminel dont les actes ont choqué et révolté le pays. Être né dans une telle histoire est déjà une forme de condamnation sociale. Il devient, qu’il le veuille ou non, une victime collatérale d’un crime qu’il n’a ni commis ni choisi. Lui demander de se taire, de disparaître ou de vivre éternellement dans l’ombre d’un scandale dont il n’est pas responsable revient à prolonger une peine qui n’est pas la sienne.
Dans ce contexte, l’idée d’un one-man-show peut sembler provocatrice. Mais l’humour a toujours été un outil pour affronter les tragédies. De Pierre Desproges à Coluche, en passant par de nombreux humoristes contemporains, la tradition française du rire repose sur un principe simple, on peut rire de tout. Cela ne signifie pas que tout le monde a envie de rire de tout, ni que tout le monde trouvera cela acceptable. Mais la liberté d’expression consiste précisément à accepter que certaines formes d’expression dérangent.
Le rire peut être une arme, une thérapie, une manière de reprendre le contrôle d’un récit qui vous a échappé. Pour quelqu’un qui porte un nom désormais associé à l’un des faits divers les plus sordides de ces dernières années, transformer cette tragédie en matière artistique peut être une façon de survivre, de reprendre la parole, d’exister autrement que comme “le fils de”.
Évidemment, certains trouveront cela indécent. C’est leur droit le plus strict. Personne n’est obligé d’assister à ce spectacle ni de l’approuver. Mais vouloir empêcher quelqu’un de s’exprimer ou de créer au nom d’une morale collective ouvre une pente glissante. Dans une société libre, la réponse à une œuvre qui dérange n’est pas la censure, c’est simplement de ne pas y aller.
Florian Pelicot n’a pas choisi l’histoire qui s’est abattue sur sa famille. S’il choisit aujourd’hui de la regarder en face, de la détourner par l’humour ou de la transformer en scène, cela relève de sa liberté. On peut juger le résultat, le critiquer, le trouver maladroit ou courageux. Mais lui refuser ce droit reviendrait à lui imposer de rester à jamais prisonnier du crime d’un autre. Et cela, au fond, serait une injustice de plus.