Prendre les armes avec Greta Thunberg

Prendre les armes avec Greta Thunberg

L’écriture, comme le dessin, ça m’isole, ça me met dans un en « dehors de la vie » mais aussi là ou je la ressens le plus intensément vibrer en moi. Poser des mots, des couleurs et des lignes sur un papier c’est ma manière d’exister ici, sur cette terre. S’affirmer, ne plus se cacher, enlever le voile, ouvrir la porte, la boîte, montrer, démontrer en utilisant mon propre alphabet, ce vocabulaire si précieux à mes yeux, secret.

C’est une sorte d’autorisation à être ce que je suis, telle que je suis mais en décidant du choix des armes, en décidant des outils pour communiquer. Créer c’est ma manière libérée et délibérée d‘être. Une sorte d’accord avec moi-même. C’est dire les choses que je pense et ressens mais avec le langage que je me suis inventée depuis toute petite, avec lequel j’ai grandi et qui me protège de ce monde que je ressens comme imposé. Ce n’est pas une barrière en béton mais une sorte de voile en plexiglas transparent. Créer est selon moi un acte de courage, un acte militant, c’est dire en poésie dans un monde qui bafoue, qui se moque, qui ment, qui cache, qui salit, qui détruit au nom de la loi du fric. Créer c’est dire en étant au plus près de ma pensée. C’est être dans la vérité avec soi.

Une jeune femme s’approche de moi, une pancarte à la main. Elle a de longs cheveux tressés comme il peut m’arriver de tresser les miens, de grands yeux verts-bleus, tristes. Elle regarde fixement mon dessin, me caresse la main, caresse les lignes graphiques que j’ai posé sur le papier.

Ça me plaît Juliette ! Me lance Greta Thunberg

Moi : C’est mon dessin qui te plaît Greta ou l’idée d’utiliser la création comme acte de résistance, acte de militantisme ?

Greta Thunberg : Les deux. Le choix de ces armes poétiques me touchent, me bouleversent. Je rêve d’un monde peuplé d’adultes comme toi Juliette.

Moi : Je rêve d’un monde peuplé de jeunes femmes comme toi Greta. Moi, je te sens, te ressens. Tu parles avec ton âge, ton corps, ton émotion. Tu es tournée vers le sens de la vie et non subjuguée par du vide derrière ton écran.

Greta : Tes armes sont politiques Juliette mais aussi artistiques.
J’ai peur Juliette. Combien d’innocents vont mourir sous les bombes ??Combien de personnes vont-elles être déracinées ?

Moi : Je suis aussi terrifiée que toi Greta. Je n’ai que des mots et mes modestes dessins pour lutter. C’est tellement peu, insuffisant, déroutant. Une bien mauvaise guerre digne d’un mix entre « Call of Duty » et la guerre du Vietnam, le tout revisité par une IA mal dirigée. Il y a des êtres par milliers, apeurés, sommés de tout abandonner pour aller vers un ailleurs encore plus incertain. Je pense aux enfants qui vont grandir avec la peur, avec les cris, le sang, les odeurs, et les traumatismes tatoués en eux pour l’éternité.

Je pense au bruit, au fracas, à la destruction, la pulvérisation de petits mondes heureux que certains ont mis une vie à se bâtir. Des paradis perdus, des rêves exclus, des malades en suspend et la maladie qui ne connait pas le temps de la guerre. Mais que se passe t-il ??!!

Greta Thunberg : Tu sais Juliette, dire c’est déjà agir.
Je connais ta colère et cette révolte en nous qui nous grignote les entrailles jusqu’à l’âme.

Moi : Ton célèbre « How dare you » à l’ONU était digne d’une grande performance artistique tu sais ! Tu es devenue un personnage mythologique contemporain pour toute la jeune génération.

Greta : J’accuse les adultes d’avoir détruit la planète et de ne pas agir en conséquence. Mais j’aime l’adulte que tu es Juliette. Notre colère est identique, peu importe l’âge et la forme employée car ce qui compte C’EST et ce SERA toujours le fond.