Fernando Bayro-Corrochano, sculpter l’inconscient
Il existe des psychanalystes qui parlent de l’inconscient. Et puis il y a ceux qui le font apparaître dans la matière. Fernando Bayro-Corrochano appartient à cette seconde catégorie. Psychanalyste, psychologue clinicien, sculpteur et enseignant, il fait partie de ces figures discrètes mais déterminantes qui ont contribué à introduire et structurer en France ce que l’on appelle aujourd’hui l’art-thérapie : l’usage de la création artistique comme médiation thérapeutique.
Docteur d’État en psychologie clinique et psychopathologie, Fernando Bayro-Corrochano soutient sa thèse en 1987 à l’Université Paris 7/Denis-Diderot, avant d’y enseigner à partir de la fin des années 1980. Sa recherche se situe très tôt au croisement de la psychanalyse, de la clinique de l’enfance et des pratiques artistiques. Dans les services de pédopsychiatrie où il exerce, il se trouve confronté à une évidence clinique : certains enfants traumatisés ou en grande souffrance psychique ne peuvent pas dire ce qu’ils vivent. Les mots manquent. Mais les formes, elles, surgissent.
C’est là que commence son travail. Bayro-Corrochano s’intéresse aux médiations artistiques, dessin, peinture, modelage, mais c’est surtout la sculpture et l’argile qui vont devenir le cœur de sa démarche. Contrairement à la parole, la matière permet un rapport direct au corps, au geste, au toucher. Elle engage une relation sensorielle au monde qui peut faire émerger des représentations inconscientes enfouies. L’objet créé devient alors une sorte de miroir psychique, une forme dans laquelle se déposent des affects, des peurs, des fragments d’histoire.
Cette intuition va progressivement nourrir une réflexion théorique majeure. Dans ses recherches, Bayro-Corrochano explore la notion de plasticité psychique, cette capacité du sujet à transformer ses représentations internes à travers l’acte de création. L’argile, par exemple, devient un matériau privilégié : malléable, transformable, elle permet au patient de construire, détruire, reconstruire. Un processus qui fait écho au travail même de la psychanalyse.
Cette articulation entre psychanalyse et création artistique constitue le cœur de sa thèse, Psychanalyse et Sculpture : figurations du tactile, où il analyse la dimension thérapeutique du modelage et de la sculpture. Pour lui, la création plastique n’est pas une simple activité expressive ou ludique : elle devient un langage de l’inconscient.
Au fil des années, Fernando Bayro-Corrochano contribue ainsi à structurer le champ de l’art-thérapie en France. En 1997, il participe à la création d’un Diplôme Universitaire d’Arts et Médiations Psychothérapeutiques à l’Université Paris 7, formation destinée aux psychologues, psychiatres et thérapeutes souhaitant intégrer les pratiques artistiques dans leur travail clinique. Une étape importante dans l’institutionnalisation de ce domaine encore émergent à l’époque.
Ses recherches donnent lieu à de nombreuses publications sur les liens entre création plastique et processus psychiques : De l’argile en thérapie, Les arts plastiques en psychothérapie, Construction de l’image du corps par le dessin ou encore des travaux sur les représentations de la violence chez l’enfant. Il s’intéresse notamment à la manière dont les dessins et les modelages permettent aux enfants de symboliser des événements traumatiques et de reconstruire leur image du monde.
Mais réduire Fernando Bayro-Corrochano à un théoricien serait une erreur. L’homme est aussi sculpteur. Dans son atelier comme dans son cabinet, il poursuit une même interrogation : comment une forme naît-elle d’un chaos intérieur ? Comment la matière peut-elle traduire ce qui se joue dans la psyché ?
Chez lui, la sculpture n’est pas seulement un geste artistique, elle est avant tout une métaphore du travail analytique. Dans les deux cas, il s’agit de dégager une forme à partir d’une masse informe, de faire apparaître une structure là où tout semblait confus.
Aujourd’hui, alors que l’art-thérapie est largement pratiquée dans les hôpitaux, les institutions psychiatriques et les centres spécialisés, l’apport de pionniers comme Bayro-Corrochano apparaît avec d’autant plus de force. Il aura contribué à rappeler une chose simple et profonde : l’art ne sert pas seulement à représenter le monde, il peut aussi aider à réparer ceux qui y vivent.
Pour aller plus loin :
• Société française de psychopathologie de l’expression et d’art-thérapie
https://www.sfpeat.com/Bayro-Corrochano-Fernando_a85.html
• Ressources universitaires et travaux
https://ephep.com/ressources/f-bayro-corrochano-dessins-enfants-et-adolescents-face-violence
• Présentation professionnelle
https://www.doctolib.fr/psychologue/paris/fernando-bayro-corrochano
• Article sur les arts plastiques en psychothérapie
https://artherapievirtus.org/article-les-arts-plastiques-en-psychotherapie/