Jim Carrey, anatomie d’un acteur vertigineux
Il y a chez Jim Carrey quelque chose d’inconfortable. Une intensité trop grande pour le cadre. Un acteur qui semble toujours sur le point de déborder l’écran, comme si le cinéma était trop étroit pour contenir son énergie. On a souvent ri de lui. On a parfois ri grâce à lui. Mais on n’a pas toujours mesuré la radicalité de ce qu’il faisait.
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Au milieu des années 1990, il impose une gestuelle inédite avec Ace Ventura, Pet Detective, The Mask et Dumb and Dumber. Ce n’est pas simplement de la comédie. C’est une déformation du réel. Son visage devient matière plastique, son corps un ressort incontrôlable. Il transforme la grimace en art cinétique. Certains parlent d’hystérie. Lui compose une chorégraphie millimétrée.
Puis il fracture l’image qu’on avait de lui avec The Truman Show. Le burlesque laisse place à l’angoisse métaphysique. Son regard change, devient plus dense. Le rire se fissure. On découvre un acteur capable de silence, d’inquiétude, de douceur fragile. Il n’abandonne pas la folie, il la canalise.
Avec Man on the Moon, il va encore plus loin. Il ne joue pas Andy Kaufman, il s’y dissout. L’expérience est troublante, presque dangereuse. Jim Carrey montre qu’il conçoit le jeu comme un engagement total, quitte à brouiller la frontière entre personnage et réalité.
Et puis il y a Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Minimalisme, retenue, intériorité. Il ose l’effacement. L’homme aux mille grimaces devient presque transparent. C’est peut-être là que l’on comprend le mieux sa trajectoire : Carrey n’a jamais cherché à faire rire pour séduire. Il cherche à explorer les extrêmes.
Ce qui dérange chez lui, c’est cette absence de demi-mesure. Il n’est jamais tiède. Il est excessif, entier, parfois déroutant. Mais cette démesure est précisément ce qui a marqué une génération.
Jim Carrey n’a pas seulement occupé l’espace comique des années 1990 et 2000. Il l’a redéfini.
Et derrière la folie apparente, il y avait une chose plus rare encore, une liberté artistique absolue.
