Le triomphe mérité de Guillaume Meurice et sa bande sur Radio Nova avec "La dernière"
Il y a des départs qui ressemblent à des fins de carrière. Et puis il y a ceux qui deviennent des recommencements. Quand Guillaume Meurice quitte Le Grand Dimanche soir sur France Inter dans un climat tendu, beaucoup imaginent une traversée du désert. C’est mal connaître l’époque. Et mal connaître Meurice. Quelques mois plus tard, le voilà sur Radio Nova avec La Dernière. Le titre sonne comme une blague. C’est en réalité un nouveau départ. Et un succès qui en dit long sur l’état du pays.
La genèse est simple : un humoriste politique, identifié à une gauche critique, se retrouve éjecté d’une grande antenne publique après une séquence polémique. Le climat est inflammable. Accusations d’antisémitisme par certains, défense farouche de la liberté satirique par d’autres. La direction tranche. Lui rebondit. Ce qui aurait pu être un affaiblissement devient une relance. Parce que le public, lui, n’a pas disparu. Il attendait juste un endroit où le ton resterait libre.
Sur Nova, Meurice ne vient pas seul. Il arrive avec une bande. Et c’est peut-être ça, la vraie clé du phénomène. Une équipe soudée, drôle, politisée mais pas doctrinaire, capable de passer du billet acide à l’absurde pur, de l’analyse au jeu collectif. La radio redevient un terrain de création. Pas un tribunal. Pas un plateau de clash permanent. Un espace où l’on peut cogner sans hurler.
Le succès est réel. Audiences solides pour Nova, forte circulation des extraits sur les réseaux, public jeune et engagé, salles pleines quand la bande part en tournée. Ce n’est pas anodin. Dans un paysage médiatique saturé de talk-shows tendus et de chaînes d’opinion hystérisées, La Dernière propose autre chose : une irrévérence structurée. On rit, mais on comprend ce dont on rit. Et ça change tout.
Pourquoi ça marche ? Parce que la gauche française, politiquement, est en crise. Fragmentée, inaudible, empêtrée dans ses querelles internes. Mais culturellement, elle n’a jamais cessé d’exister. Elle s’est déplacée. Elle s’est réfugiée dans l’humour, dans les podcasts, dans les scènes alternatives. Meurice et sa bande incarnent cette mue. Ils ne prétendent pas gouverner. Ils racontent le monde avec un pas de côté. Et parfois, ça suffit à recréer un imaginaire.
Ce succès fait des envieux, évidemment. Dans un milieu où la visibilité est rare et la liberté souvent conditionnée, voir un humoriste “viré” revenir plus fort, c’est dérangeant. Cela prouve qu’il existe une demande pour une parole politique non alignée sur les grands canaux dominants. Cela prouve aussi qu’un média plus modeste comme Nova peut redevenir central en pariant sur la personnalité plutôt que sur le format.
Soyons lucides : tout n’est pas révolutionnaire. La Dernière reste un programme de radio, pas un mouvement social. Mais dans une époque de crispation, le rire est redevenu un outil politique. Pas pour convaincre tout le monde. Pour rappeler qu’on peut encore se moquer des puissants sans demander la permission.
Au fond, le phénomène Meurice, ce n’est pas seulement l’histoire d’un animateur relancé. C’est celle d’un public qui refuse le naufrage culturel d’une gauche caricaturée en permanence. Ce public veut de l’intelligence, du second degré, de la nuance mordante. Il a trouvé un point de ralliement.
Et si la politique classique est en panne, peut-être que le rire, lui, continue de fonctionner comme un moteur clandestin. Pas spectaculaire. Mais tenace. Des dimanches qui font du bien.