Critique de "Soleil Ogre" de Catherine Serre ou l’amitié à l’épreuve du corps et de la lumière (Abrapalabra)

Critique de "Soleil Ogre" de Catherine Serre ou l'amitié à l'épreuve du corps et de la lumière (Abrapalabra)

Publié aux éditions Abrapalabra, "Soleil Ogre" est un court roman poétique de Catherine Serre, autrice et performeuse. À la croisée de la prose et de la poésie, ce livre de 112 pages tient sur une ligne de crête, celle du corps menacé et de l’amitié mise à l’épreuve.

Le point de départ est simple, une narratrice, une amie flamboyante, et le soleil. Trois présences qui structurent le récit. L’amie est excessive, vibrante, voyageuse, solaire. Elle entraîne vers les Antilles, vers la lumière, vers l’élan. Mais sous cette énergie affleure l’ombre, une « tache », une maladie qui progresse, jamais exhibée, toujours contenue. Le soleil devient alors ambivalent, à la fois source de vie et ogre silencieux qui mange qui mange.

Ce qui frappe d’abord, c’est la place du corps. Corps porté, corps flottant, corps fatigué, corps qui cherche son souffle au yoga, corps qui avance dans les flaques ou tangue sur un bateau. Catherine Serre évite le discours technique ou médical et préfère les gestes minuscules, une cuillère qui tourne dans le thé, un coussin sous la nuque, des épaules ruisselantes. La maladie est abordée par la sensation, jamais par la démonstration. Cette retenue donne au texte une rare dignité .

La langue est dense, scandée, héritée de la poésie performée. Les chapitres courts, « Porter son corps », « Corps flottant », « Amie du souffle », « Intérieur nuit » , fonctionnent comme des stations. Par moments, l’écriture frôle l’abstraction (flux, énergie, lumière), mais elle revient presque toujours au concret, ce qui lui évite la grandiloquence.

Soleil Ogre n’est ni un témoignage spectaculaire ni un récit larmoyant ou pathos. C’est un livre sur la loyauté ou comment rester auprès d’une amie qui brûle la vie, qui décide encore de ses départs, alors même que le corps vacille ? C’est aussi un livre sur les solidarités féminines, complexes, sans idéalisation.

Dans un paysage éditorial saturé de récits autobiographiques bruts, Catherine Serre choisit la tenue plutôt que l’explosion émotionnelle et pudique. Elle éclaire sans nier l’ombre. Voilà un petit livre lumineux, discret, mais terriblement habité.

Mais surtout pour conclure, c’est un roman venu de la poésie qui rappelle que la littérature peut encore faire sentir la fragilité sans la transformer en spectacle.

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