Booba vs Magali Berda : la guerre des influenceurs qui a fini devant les juges
L’affaire qui oppose le rappeur Booba à l’entrepreneuse Magali Berda est devenue bien plus qu’un clash numérique. Elle s’est transformée en affrontement judiciaire emblématique d’une époque où réseaux sociaux, business de l’influence et justice s’entrechoquent frontalement.
Genèse : du clash numérique à la tempête médiatique
Tout démarre en 2021-2022 lorsque Booba lance sur X (ex-Twitter) et Instagram une offensive contre ce qu’il appelle les “influvoleurs”. Il dénonce des placements de produits liés à des formations douteuses, du dropshipping agressif, des investissements risqués ou des promesses financières irréalistes. Dans sa ligne de mire : plusieurs figures issues de la télé-réalité et surtout l’agence Shauna Events dirigée par Magali Berda.
Le rappeur se présente alors comme un lanceur d’alerte. Il publie captures d’écran, vidéos et commentaires visant directement Berda. Le ton est dur, répétitif, frontal. De son côté, Magali Berda dénonce une campagne de harcèlement organisée, générant menaces, insultes antisémites et déferlement massif de haine en ligne. Elle porte plainte.
Le volet judiciaire : harcèlement ou dénonciation d’intérêt général ?
L’affaire entre dans une phase pénale. Booba est poursuivi pour cyberharcèlement envers Magali Berda. Auditions, garde à vue, mises en examen : la procédure s’installe dans le temps judiciaire. La question centrale est délicate : à partir de quel moment une dénonciation publique devient-elle un harcèlement pénalement répréhensible ?
En parallèle, les autorités s’intéressent aux pratiques commerciales de certains influenceurs. Plusieurs enquêtes sont ouvertes sur des soupçons d’escroquerie ou de pratiques commerciales trompeuses dans le milieu de l’influence. Autrement dit, l’affaire produit un double effet : elle vise un homme pour ses méthodes, mais elle met aussi sous pression tout un secteur.
Les aboutissants : un tournant législatif
Conséquence directe du scandale et du climat médiatique : en 2023, la France adopte une loi encadrant plus strictement l’activité des influenceurs. Publicité pour la chirurgie esthétique, produits financiers risqués, crypto-actifs ou formations douteuses : le cadre juridique se durcit. La responsabilité des agents et des plateformes est davantage clarifiée.
C’est un point majeur. Au-delà du duel Booba/Berda, cette affaire aura servi d’accélérateur politique. Le législateur s’est saisi d’un vide juridique que beaucoup dénonçaient sans que rien ne bouge réellement.
Où en est-on aujourd’hui ?
À ce jour, les procédures suivent leur cours selon les différents volets engagés. Certaines décisions intermédiaires ont été rendues, mais le fond reste sensible. Booba continue d’affirmer qu’il agit dans l’intérêt du public. Magali Berda maintient qu’elle a subi un harcèlement massif ayant profondément affecté sa vie personnelle et professionnelle.
Ce dossier restera comme un cas d’école : il interroge la liberté d’expression à l’ère numérique, la responsabilité d’une personnalité publique quand elle mobilise des centaines de milliers d’abonnés, et la régulation d’un secteur devenu une industrie pesant des millions d’euros.
Ce n’est pas simplement une querelle de célébrités. C’est le moment où le Far West de l’influence a rencontré le code pénal. Et cette collision a laissé des traces durables.