Critique de ALREDEDOR, poéconte, David Giannoni, maelström reevolution

Critique de ALREDEDOR, poéconte, David Giannoni, maelström reevolution

Alrededor est un livre qui ne cherche rien, surtout aucune sorte d’effet facile ou habituel. Il se contente d’avancer. Il respire. Il creuse. Et c’est précisément ce qui le rend singulier et précieux, totalement hors du temps.

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Visuellement, l’ouvrage est sobre, très cérémoniel même. L’mage sépia de la couverture, une figure en barque, isolée sur l’eau, résume parfaitement le projet d’être au milieu, entouré, mais seul face à l’immensité.

David Giannoni propose un « poéconte », une forme hybride qui tient parole car elle n’est ni simple recueil de poèmes, ni récit classique, mais une traversée initiatique scandée par le souffle. Le texte s’organise comme une cérémonie lente, presque circulaire, où l’on revient toujours aux mêmes forces, la terre, la rivière, le feu, la tribu, le Loup, pour tenter de comprendre ce qui relie l’homme à ce qui le dépasse.

Alrededor signifie « autour » : autour du feu, autour de la tribu, autour de la rivière, autour de ce centre invisible qui tient l’homme debout.
Ce titre évoque aussi le mouvement circulaire du récit, fait de retours, de rituels et de cycles plutôt que de progression linéaire. Enfin, il dit une position existentielle, celle d’être autour du monde sans le posséder, en gardien plus qu’en maître. Une philosophie de vie qui tient à coeur à l’auteur.

Le choix du vers libre, court, dépouillé, crée un battement régulier. Rien d’ornemental. Peu d’images spectaculaires. Une langue volontairement claire, presque nue, qui assume la simplicité comme éthique. Cela pourra dérouter ceux qui attendent un lyrisme flamboyant. Ici, l’émotion ne crie pas. Elle s’installe.

Ce premier extrait résume cette tension intérieure et physique qui traverse tout le livre :
« Sa respiration soudain rauque et hachée
Presque elle tentait de l’expulser
Mais aucune glaire ne sortait
Le souffle seulement »

Ces vers sont typiques du travail de David Giannoni, une scène concrète, corporelle, presque clinique, qui devient métaphore du passage. Le souffle n’est pas décoratif, il est une matière. Il est une lutte calme. L’initiation commence dans le corps avant d’atteindre l’esprit.

Le coeur du livre repose sur le retrait : un homme quitte ses responsabilités, s’isole dans la forêt, cherche de l’or, réel ou symbolique, et rencontre son double animal, Loup. On pourrait craindre le cliché du retour aux sources ou du mythe chamanique recyclé. Pourtant, le texte évite le folklore. Il s’inscrit dans une méditation plus grave : comment réconcilier l’humain et l’animal, le pouvoir et le partage, la peur et le désir ?

Un second extrait éclaire sans doute cette dimension presque politique et spirituelle :
« Ces pierres ces fleuves ces champs nous sont concédés
Non pas du droit de vos hommes de loi
Mais par les histoires qui nous les ont légués »

Ici, la parole devient position. Elle affirme une vision du monde fondée sur la transmission et la mémoire plutôt que sur la propriété. Sans discours théorique, le texte pose un cadre éthique clair, nous sommes des hôtes et des gardiens, non des propriétaires absolus. Cette simplicité donne au propos toute sa force.

Ce qui frappe aussi, c’est la place du souffle et du rituel. La respiration est partout : haletante, coupée, retenue. Le texte se lit presque à voix haute. Il est évident que la musique, annoncée dès la couverture, n’est pas un accessoire mais une composante organique. Alrededor n’est pas seulement à lire : il est à dire, à incarner.

Tout n’st pas d’égale intensité. Certains passages répétitifs, les rappels du rituel, de la communauté, du retour, peuvent donner une impression de lenteur excessive. Mais sans doute est-ce voulu, l’initiation n’est pas spectaculaire, elle est patiente. Le livre exige du lecteur la même chose que de son personnage, accepter de rester, d’attendre, d’écouter.

L’un des plus beaux fils rouges du texte est sans doute celui du doute. Pourquoi autant de temps, de vies, de détours ? Cette question résonne longtemps après la lecture. Elle touche à quelque chose de très simple et très profond : le sentiment d’avoir quitté sa place et de chercher comment y revenir sans trahir ce que l’on a appris.

Alrededor est un livre rare et volontairement décalé dans le paysage actuel, il ne cherche ni la modernité provocatrice ni la virtuosité formelle. Il choisit la lenteur, la gravité, la transmission. C’est un texte qui s’adresse à ceux qui acceptent d’entrer dans un rythme autre, plus archaïque, plus intérieur. C’est un livre en forme de portrait poétique de son auteur quand on a la chance de le connaître.

On referme ce poéconte apaisant avec une sensation calme, presque minérale. Rien d’explosif. Mais une braise qui reste. Et parfois, une braise suffit pour changer le monde.

ALREDEDOR, David Giannoni, maelström reevolution
Ce livre s’accompagne d’un univers sonore et musical, accessible sur les plateformes de streaming et téléchargeable à prix libre sur Bandcamp http://urlr.me/qTGwN

https://www.maelstromreevolution.org/catalogue/item/916-alrededor

le 17/02/2026
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