Critique de « La Venue de l’avenir » de Cédric Klapisch
Le film a de l’élan, de l’intelligence, mais aussi une vraie prudence. Il veut parler d’art, d’amour et de jeunesse, et il y parvient par instants avec une sincérité touchante. Mais il évite trop souvent la fracture.
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Ce qui tient l’ensemble, c’est d’abord son casting. Les jeunes comédiens donnent une énergie réelle au récit. Et surtout, Suzanne Lindon impressionne. Elle incarne son héroïne avec une justesse rare. Elle joue avec le corps autant qu’avec le texte. Sa présence est physique, habitée, sans effet. Il y a chez elle un naturel et une humilité qui donnent au personnage une densité fragile. Elle ne cherche jamais à séduire, elle existe. Et c’est précisément ce qui marque.
La présence de Pomme apporte une tonalité sensible qui prolonge le film après le générique. À l’inverse, la multiplication d’apparitions identifiables affaiblit l’ensemble. À force d’aligner les “guest”, le film prend une coloration trop mondaine qui casse son intimité.
Vincent Macaigne sauve plusieurs séquences par son naturel instinctif. Et Zinedine Soualem, dans le rôle du professeur de français, apporte une vraie profondeur. Son jeu est d’une grande qualité, précis, retenu, jamais appuyé. Il donne au film une colonne vertébrale intellectuelle et humaine. Ses scènes ont du sens, elles élèvent le propos. On sent chez lui quelque chose de concret, presque pédagogique, qui ancre le film dans une réalité crédible.
Là où le film déçoit, c’est dans son écriture. Les tensions se résolvent trop facilement, les conflits restent polis. Il aurait pu être plus tranchant, plus inconfortable. Il choisit l’harmonie plutôt que le déséquilibre. Et oui, vingt minutes de moins auraient donné plus de force à l’ensemble.
Paris est magnifiquement filmée. La ville devient terrain de circulation des idées et des sentiments. Mais même là, le film reste sage là où il pourrait être brûlant.
Ce n’est pas un grand film. C’est un film ambitieux mais retenu. Intelligent mais pas radical. Il célèbre l’amour, la culture, une certaine idée élégante de la France. On le regarde avec plaisir. On admire certaines fulgurances. Mais on sort avec l’impression qu’il aurait pu aller beaucoup plus loin.
Et c’est précisément parce qu’il en avait les moyens que la frustration existe.
