"Pour une gaufre à Bruxelles, je ferais n’importe quoi" de Frédéric Vignale, #bookleg 138 (BSC)

"Pour une gaufre à Bruxelles, je ferais n'importe quoi" de Frédéric Vignale, #bookleg 138 (BSC)

"Pour une gaufre à Bruxelles, je ferais n’importe quoi" n’est ni un guide, ni un récit touristique, ni un simple carnet de souvenirs. C’est un livre de présence. Un livre écrit depuis l’intérieur d’un attachement lent, construit à coups de détours, de rencontres et de sensations accumulées. Frédéric Vignale ne raconte pas Bruxelles, il raconte comment Bruxelles l’a peu à peu raconté à lui-même

Une déclaration d’amour sans sucre ajouté

La grande réussite du texte tient à sa justesse de ton. Jamais emphatique, jamais cynique, il avance sur une ligne délicate entre tendresse et lucidité. L’auteur ne mythifie pas la ville : il l’accepte dans ses grincements, ses excès, ses zones floues. C’est précisément ce refus de l’idéalisation qui rend l’amour crédible.

Une écriture de l’errance maîtrisée

La forme éclatée, fragments, poèmes, scènes, souvenirs d’enfance, portraits d’icônes populaires ou marginales, pourrait menacer l’unité du livre. Or elle devient sa cohérence profonde. Bruxelles apparaît comme une ville non linéaire, faite de détours, de couches successives, d’allers-retours affectifs. Le montage épouse le sujet.

L’écriture est simple en apparence, mais travaillée dans le rythme. Elle sait être drôle sans forcer le trait, poétique sans chercher l’effet, politique sans jamais asséner. Certaines pages, sur la télévision belge vue depuis la Lorraine, sur le graffiti comme langue maternelle, ou sur la fraternité de maelstrÖm reEvolution — touchent juste parce qu’elles parlent depuis une expérience vécue, pas depuis une posture

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Un livre humble, et c’est sa force

Ce qui frappe surtout, c’est l’humilité du regard. Frédéric Vignale ne se place jamais en conquérant culturel ni en expert. Il est l’invité reconnaissant, le voisin adopté, le témoin attentif. Il sait qu’il reste un Français à Bruxelles — et il en fait une position littéraire féconde plutôt qu’un complexe ou un drapeau.
On pourrait reprocher au livre une certaine indulgence, parfois un refus du conflit frontal. Mais ce serait mal comprendre son projet. Ce texte ne cherche pas la dissection critique : il cherche la relation juste. Et dans un monde saturé de discours agressifs, cette douceur assumée est presque un geste politique.

Un livre qui tient parole

Au fond, ’Pour une gaufre à Bruxelles’ tient exactement ce qu’il promet c’est à dire un livre modeste, personnel, sensible, qui fait exister une ville par les liens qu’elle tisse plutôt que par ses monuments. Il s’inscrit naturellement dans la tradition des booklegs de maelstrÖm reEvolution : des livres courts, incarnés, nécessaires, qui circulent comme des objets vivants plutôt que comme des produits

C’est un livre qui ne cherche pas à convaincre. Il invite. Et quand on le referme, on a moins envie de visiter Bruxelles que d’y marcher lentement, sans but précis, en acceptant que la pluie, parfois, devienne une forme de poésie.
Un livre sincère. Et c’est déjà beaucoup.

"Pour une gaufre à Bruxelles, je ferais n’importe quoi", Frédéric VIGNALE, #bookleg 138, collection Bruxelles se conte, MAELSTRÖM REEVOLUTION, 3 euros

https://www.maelstromreevolution.org/catalogue/item/958-bsc-138-pour-une-gaufre-a-bruxelles