Critique de "Les noces rouges" (1973) de Claude Chabrol
« Les Noces rouges » est l’un de ces films où Claude Chabrol affine encore sa mécanique favorite ; le drame bourgeois, feutré en apparence, violemment immoral dans ses soubassements. On y retrouve des échos évidents de « La Femme infidèle », jusqu’au clin d’œil savoureux dans les dialogues sur l’interdiction de fumer le matin, comme si Chabrol s’amusait lui-même de la continuité de son univers.
Même dispositif, même triangle amoureux, la femme, l’amant, le mari. Et ce mari, une fois de plus, devient gênant. Non pas violent, ni monstrueux, mais encombrant. Un obstacle à la passion. Dans le cinéma de Chabrol, c’est souvent suffisant pour signer un arrêt de mort.
Stéphane Audran règne sur le film. Corps, jambes, regard : tout semble conspirer pour justifier l’irréparable. Chez Chabrol, la passion a tous les droits, surtout lorsqu’elle s’exerce au sein de cette bourgeoisie provinciale engoncée dans ses rites, ses silences et son ennui mortel. Le crime n’est jamais une explosion, il est simplement une conséquence logique, quasi administrative et obligée.
Chabrol filme encore et toujours le même film, mais c’est précisément ce qui fascine. Il répète, déplace, ajuste. Il observe comment l’amour, le désir et l’orgueil fissurent ces existences policées. La tragédie devient un jeu de précision, une horlogerie morale qui l’amuse autant qu’elle nous inquiète.
Les Noces rouges n’est pas un film à thèse. C’est un film de constat : quand la passion surgit, tout devient possible. Et les bourgeois, derrière leur façade respectable, sont prêts à tout, surtout au pire et sans culpabilité.