« Douceur de la musculation pour les artistes, les queers, les femmes, les inadaptées, les vieux, les handicapés, les neuro-atypiques, les parents, les pauvres, les non-conformes, les dégoûtés du sport. » Martin Page
Un pelliculage caressant et luxueux, qui protège contre les rayures et les ultraviolets, les blessures et les calamités, l’objet est doux, soyeux, je le caresse comme on caresse une page écrite en braille. Le livre est une pièce créative à part entière, il me rassure dans mon appartement, il pourrait m’accompagner dans mes déplacements, il me fait sourire d’exister.
La couverture m’attire comme une enfant est attirée par le truc le plus insolite d’une pièce. Il est fluo orange et pas comme les autres. Il est riche de sa différence, pétillant comme un bonbon acidulé.
Le titre m’interpelle, je suis moi-même une femme artiste, inadaptée, vieille ou presque, neuro-atypique, maman, presque pauvre, non-conforme et pratiquante disciplinée, voire obsessionnelle, de musculation.
« Prendre soin de moi n’est pas de la complaisance, c’est de l’auto-préservation, et c’est un acte de guerre politique. » Audre Lorde
Martin Page, je ne le connais pas, mais en découvrant son écriture, je le visualise jaune, un peu vert, un jaune olive, un brin désabusé, malin, fin, intelligent, timide, le genre de type que je pourrais croiser à la salle et avec lequel j’aurais plaisir à discuter entre deux séries de soulevé de terre. Il parle de la musculation avec respect, avec loyauté, avec sincérité, comme s’il défendait ce sport un peu mal aimé, un peu rejeté par les intellectuels. Nous avons observé que bon nombre d’individus y étaient différents de la norme, atypiques, et qu’au-delà de soulever de la fonte, il y avait des penseurs créatifs, des êtres riches et des fracassés comme on n’en trouve plus ou qui ont appris à se cacher de la société.
L’écriture est bonne comme un plat de patate douce, la pensée est juste et bien dosée comme le sont les 3 × 12 répétitions de 12 kg aux haltères qui te feront gonfler les biceps.
Ce livre est une jolie trouvaille, comme l’expérience d’une nouvelle machine à hip-thrust, comme un cadeau qu’on imaginait pas terrible et qui devient notre meilleure surprise.
C’est frais comme le jus de la pastèque en été, c’est engagé comme on s’engage sur un marathon, c’est très bien écrit, et ça, ça vaut tous les sommets d’ultra-trails. Il y a quelques dessins de Coline Pierré qui viennent adoucir les pages tout en donnant un souffle d’air dans les espaces réservés au cardio
.
Je me sens appartenir à cette communauté de gens bizarres dans la vie et disciplinés dans leur sport, je me sens de la famille de Martin et j’ai adoré son livre différent, sa pensée singulière et juste sur un sujet dont tout le monde se fout.
Son livre est un acte de militantisme, une ode à la singularité assumée et intelligente. Le mouvement du corps active la pensée créative.
« Douceur de la musculation pour les artistes, les queers, les femmes, les inadaptées, les vieux, les handicapés, les neuro-atypiques, les parents, les pauvres, les non-conformes, les dégoûtés du sport. » Martin Page, 171 pages,, Éditions Le Nouvel Attila, Collection « Soft Touch ». Du nom d’un façonnage, d’une façon d’éditer, d’une fascination pour le toucher.
La collection « Soft Touch » accueille des formes hybrides et milite pour une exploration inclusive sans limites des corps et des désirs.
Mon ressenti visuel en dessin du livre de Martin Page :
