Critique de “Mon corps, ce lieu de poésie témoin d’expérimentation criminelle” de Caroline Bouchoms

Critique de “Mon corps, ce lieu de poésie témoin d'expérimentation criminelle” de Caroline Bouchoms

Avec ce texte inclassable, entre lettre ouverte, manifeste écologique, performance littéraire et témoignage intime, Caroline Bouchoms nous offre un cri du corps et de l’âme saisissant. Son essai-poème est traversé par une urgence viscérale, celle d’alerter sur les effets des ondes électromagnétiques et le déploiement silencieux et opaque de la 5G, qu’elle présente comme une menace invisible mais totale pour l’humanité. Essai visionnaire ? On peut le dire.

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Sociétés numériques, électro-sensibilité, écosystèmes sacrifiés.
Quel(s) modèle(s) économique(s) pour demain ?

Le fil conducteur de l’ouvrage est le corps – le sien, hypersensible, blessé, “témoin d’expérimentation criminelle” - mais aussi le corps social, le corps vivant, le corps du monde. Caroline Bouchoms parle de ses douleurs concrètes (migraines, palpitations, troubles cognitifs), mais elle dépasse le témoignage médical pour lui donner une ampleur politique et poétique, voire universelle. Elle devient la « canari de la modernité », cet oiseau qu’on envoyait autrefois dans les mines pour détecter les gaz mortels. Ce qu’elle ressent, écrit-elle, tout le monde le subit - à une intensité peut-être moins perceptible, mais tout aussi dangereuse. Les artistes doués sont des pré-cognitifs.

Le texte frappe par sa forme hybride et profondément incarnée : mélange de journal de confinement, de lettres à des proches, de post Facebook, d’échanges familiaux conflictuels, de méditations au potager… Une parole sincère, désarmée, qui n’a pas peur d’être vulnérable ou excessive. Ce qui pourrait paraître conspirationniste ou paranoïaque est ici toujours relié à l’émotion, à l’amour de la nature, au désespoir de l’artiste face à un monde où les téléphones portables valent plus que les êtres sensibles.

Mais c’est là aussi que le texte trouble  : il dérange, voire dérive, par endroits, vers des associations hasardeuses (la 5G comme équivalent d’une “arme”, la Terre devenue “camp de concentration”, etc.), et une défiance généralisée envers les institutions, la science ou même les proches. Si l’on peut lire ces outrances comme des procédés stylistiques, elles posent néanmoins la question de la frontière entre alerte légitime et défiance radicale.

Cependant, ce qui sauve toujours Caroline Bouchoms du trop simple ou de l’idéalisme, c’est sa sincérité et sa voix. Elle écrit avec ses nerfs, sa peau, son cœur – et c’est cette chair blessée qui donne au texte sa force. Son combat n’est pas qu’un refus technologique  : c’est une quête pour une écologie sensible, pour la préservation des liens, du vivant, des sensations. Le danger qu’elle pointe n’est pas seulement celui des ondes, mais celui de l’insensibilisation générale, de la déshumanisation systémique, de la perte de poésie.

En cela, Mon corps… est un livre nécessaire. Il ne convaincra pas tout le monde, c’est certain, mais il ne laissera personne indifférent. Et s’il exagère, c’est peut-être parce que le silence autour de ces sujets est encore plus dangereux que l’exagération. Et si venait aujourd’hui le temps des prises de conscience ?

Mon corps, ce lieu de poésie témoin d’expérimentation criminelle, essai, 2021, Caroline Bouchoms, Editions le Coudrier. https://editions-le-coudrier.sumupstore.com/article/mon-corps-ce-lieu-de-poesie-temoin-d-experimentation-criminelle

le 03/07/2025
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