"Bleue" d’Émilie Sciot (bookleg 207)

"Bleue" d'Émilie Sciot (bookleg 207)

Avec Bleue, Émilie Sciot signe une œuvre fulgurante, épatante et forte, à mi-chemin entre l’autobiographie poétique, le manifeste de survie et la performance. Ce livre n’est pas un simple récit de l’addiction : c’est une traversée en flammes du chaos, un chant de résistance et de renaissance porté par une langue unique, vibrante, déchirante de justesse et d’invention.

💡 Vous aimez cet article ?
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.

La postface de Marion Thierry-Mieg, médecin addictologue, ne s’y trompe pas : Bleue est aussi un outil de soin, un texte "trésor" pour ceux qui accompagnent, pour ceux qui traversent. Elle écrit :
« Ce texte montre bien le rythme fou de l’addiction, ses passions et ses désespoirs, sa musique, son corps, ses corps... »

Dès les premières pages, la prose poétique heurte et séduit. Le chapitre d’ouverture, "Enfant blues", donne le ton : « tu veux du sale / on va faire du sale / ça va être sale ». Le rythme syncopé, les anaphores martelées, l’accumulation d’images crues construisent un slam littéraire brutalement honnête. Sciot pose son personnage – Bleue – dans une mythologie toxique contemporaine, traversée de fêtes rave, de fixes, de deals, de drames, mais aussi d’utopies adolescentes et de fuites hallucinées.
Ce qui rend Bleue unique, c’est sa poétisation de l’indicible : chaque traumatisme, chaque effondrement devient matière à beauté brute. Emilie Sciot ne raconte pas, elle scande, elle danse avec les mots, elle transforme le témoignage en épopée sensorielle. Ainsi, la scène de la descente après la teuf devient un poème de désillusion collective :
« le petit matin pue / les sourires sont partis avec le bout de la nuit »
La fraîcheur du style tient à cette liberté formelle : absence de ponctuation classique, vers éclatés, interjections orales, fragments de dialogues et de slogans. Le texte pulse, bat, vit comme une performance live. C’est aussi un livre de corps, traversé de sensations, de nausées, de fièvres, de sueurs, de danses – la chair y est politique et poétique.

Mais Bleue n’est pas que cri ou chute. C’est aussi un chemin de lumière. Le dernier chapitre, "Happy end", se pare d’un lyrisme réparateur :
« la censure explose les silences / le lyrisme dessine la joie / femme chaleur / orgasme de vie »
Ici, la poésie devient soin. L’écriture, longtemps refuge, devient enfin outil de libération. Le lecteur assiste à une métamorphose, à une alchimie où la douleur devient or, où la gamine toxico devient une femme rouge de vie.

Bleue est un texte rare et donc précieux, d’une sincérité foudroyante, traversé par un souffle poétique indomptable. Émilie Sciot réussit la prouesse de transformer une descente aux enfers en manifeste lumineux, où le langage – sauvage, débridé, beau – est le premier outil de reconquête de soi. Un livre nécessaire. Un livre vivant. Un livre feu.

https://www.maelstromreevolution.org/catalogue/item/921-bookleg-207-bleue

le 20/05/2025
Impression