"Ma petite boucherie" de Michaël Lambert (Bookleg numéro 103)

"Ma petite boucherie" de Michaël Lambert (Bookleg numéro 103)

L’ouvrage de Michaël Lambert se présente comme une mosaïque de poèmes épars, une constellation d’éclats qui refusent la linéarité du récit et fragmentent la guerre en instants, en visions, en sensations. Cette approche, à la fois formelle et thématique, confère à son œuvre une originalité remarquable. Lambert ne se contente pas de décrire la guerre : il la déconstruit, la diffracte en une multitude d’éclats poétiques qui donnent à voir non pas un conflit uniforme, mais un kaléidoscope d’émotions, de silences et de ruptures. La guerre comme une terrible boucherie humaine fomentée par des porcs.

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L’originalité d’une vision de la guerre en miettes. Ce qui frappe d’abord, c’est le refus d’un discours héroïque ou purement tragique. Plutôt que de dérouler une narration continue, Lambert adopte une écriture éclatée, multipliant les formes et les angles. La guerre devient alors un espace de dissolution du sens, où l’histoire collective se mêle à l’intime, où les voix se chevauchent et se perdent. Par exemple, dans un poème qui juxtapose un paysage dévasté et des souvenirs d’enfance, le contraste entre la nature meurtrie et une mémoire presque idyllique révèle une tension troublante : la guerre ne détruit pas seulement les corps, elle altère aussi les souvenirs, les perceptions du passé.

Une démarche d’écriture à la fois précise et intelligente. Loin d’être un simple assemblage de morceaux choisis, l’œuvre de Lambert suit une logique interne rigoureuse. L’alternance de poèmes très courts, incisifs comme des éclats d’obus, et de textes plus développés, où le lecteur se perd volontairement dans des digressions, crée une dynamique d’attente et de rupture. L’intelligence de la démarche repose sur ce jeu entre le discontinu et le récurrent : certaines images reviennent, hantent le recueil, se modifient au fil des pages. On retrouve par exemple plusieurs fois le motif du silence : d’abord comme une pause dans le vacarme des armes, puis comme un gouffre où les voix s’effacent, enfin comme un espace de mémoire qui refuse de se refermer.

Une guerre intérieure et sensorielle. Enfin, l’un des aspects les plus saisissants du recueil est son travail sur la perception sensorielle. La guerre y est moins un événement qu’une matière brute qui envahit les corps et les esprits. Un poème évoque la lourdeur d’un ciel chargé de fumée, le goût métallique du sang dans la bouche, l’odeur âcre des ruines – autant de détails qui donnent à la lecture une puissance presque physique. Lambert ne décrit pas : il fait ressentir. Cette approche immersive, qui passe par le fragment et le ressenti immédiat plutôt que par une description linéaire, renouvelle profondément la poésie de guerre.

Une vision poétique de l’éclatement. Michaël Lambert réussit un tour de force en écrivant sur la guerre sans jamais tomber dans le déjà-vu ni la posture attendue. Par son choix du fragment, son intelligence du rythme et son travail sur la sensation, il compose un livre où la guerre n’est pas seulement un sujet, mais une forme : une parole brisée, hantée, qui fait écho aux silences qu’elle tente de combler. Une œuvre forte, qui laisse ses éclats dans la mémoire du lecteur.

Michaël Lambert, né le 23 octobre 1975 à La Hestre en Belgique, est un écrivain polyvalent, poète, dramaturge et scénariste de bande dessinée. Résidant à Liège, il est activement impliqué dans la vie associative et culturelle de la ville. Sous le pseudonyme “L’homme chouette”, il se produit également sur les scènes de slam.

https://www.maelstromreevolution.org

"Ma petite boucherie" de Michaël Lambert (Bookleg numéro 103)

le 01/04/2025
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