Critique de "Bachar n’aime pas Pink Floyd" d’Aurélie Ruby (Editions Porte 7)

Critique de "Bachar n'aime pas Pink Floyd" d'Aurélie Ruby (Editions Porte 7)

Dès les premières lignes de Bachar n’aime pas Pink Floyd, le lecteur comprend qu’il entre dans un texte qui transcende les genres, oscillant entre poésie, théâtre et engagement politique. Aurélie Ruby compose ici une œuvre d’une intensité rare, où chaque vers semble déchirer le voile de l’indifférence pour faire émerger une parole brute, nécessaire, impérative.

Nous dévorons une poésie à la croisée de l’intime et du politique. Ce "poème théâtral" porte en lui toute la force d’une histoire d’amour déchirée par la guerre et l’exil. L’autrice nous plonge dans le quotidien d’une femme française et d’un homme syrien, liés par une passion qui se heurte aux réalitsés brutales du conflit syrien. "Nous sommes le couple mixte le plus sexy de Paris. 2016 - Nous devenons une fiction". Ruby explore ici la tension entre l’idylle et la désillusion, entre la révolution et la dépossession.

Aurélie Ruby a une écriture foudroyante. Le texte déroule une langue vive, saccadée, parfois brutale, qui rappelle la syntaxe des slogans scandés lors des manifestations. "Quitter, c’est aimer encore. Ou bien je dis n’importe quoi". Ce rythme haletant exprime à la fois l’urgence de la révolte et la douleur de l’absence. Le lecteur est pris dans un tourbillon de mots qui se percutent, se répètent, à l’image du traumatisme qu’ils traduisent.

Il s’agit ici d’un texte éminemment performatif. Pensé pour la scène, Bachar n’aime pas Pink Floyd joue avec les silences, les répétitions et les ruptures. "Je suis face au désert. Face à la Syrie. Enfin. Je sens l’air, la lumière unique". Ces pauses, comme des haltes dans la fuite, permettent au lecteur/spectateur de reprendre son souffle, avant d’être replongé dans le flux d’une mémoire en marche.

Un cri d’amour et de révolte. Ce texte est avant tout un chant de lutte, un hommage à la résistance syrienne et à tous ceux qui, de près ou de loin, en portent les stigmates. "L’art qui protège, la culture qui accueille l’étranger. Un texte philosophique interminable, des mots simples et engagés". Ruby nous rappelle que la poésie peut être une arme et que la littérature, loin d’être un simple divertissement, peut participer à la transformation du monde.

Bachar n’aime pas Pink Floyd est un texte incandescent, brûlant, à la frontière du personnel et du collectif, de l’amour et de la guerre, du souvenir et de l’oubli. Aurélie Ruby signe ici une œuvre inoubliable, qui bouscule autant qu’elle émerveille, et qui s’imprime dans l’esprit du lecteur comme une brûlure, une nécessité.

Aurélie Ruby est une dramaturge, metteuse en scène et comédienne française. Son travail mêle poésie et théâtre, abordant des thèmes engagés comme l’exil, la révolution et l’identité. À travers son écriture, Aurélie Ruby questionne la mémoire, la langue et l’engagement, dans une forme libre et percutante.

"Bachar n’aime pas Pink Floyd" d’Aurélie Ruby (Editions Porte 7)

https://www.youtube.com/watch?v=ShU2nqa5VEk

Découvrir et commander ce livre : https://www.aikido-budo-raji.com/shop.php?force