"Parler-vrai mais pas fort" de Mathieu Amans (Editions Porte 7)

"Parler-vrai mais pas fort" de Mathieu Amans (Editions Porte 7)

"Parler-vrai mais pas fort" de Mathieu Amans est un recueil de poésie slam à la fois sincère et percutant terriblement vif et séduisant. L’auteur s’y déploie avec une plume rythmée et musicale, oscillant entre autodérision, mélancolie et humour inspiré qui diffère vraiment avec ce qu’on peut lire en poésie "habituelle".

💡 Vous aimez cet article ?
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.

Avec une langue brute et authentique, il explore ses doutes, ses failles et ses rêves, révélant une sensibilité touchante. Son originalité réside dans sa capacité à transformer ses "imperfections" en forces poétiques, créant un univers à la fois vulnérable et puissant.

« Parler-vrai mais pas fort ». Dans cet extrait éponyme, Mathieu Amans se met en scène avec une autodérision remarquable. Son ton sincère et décomplexé donne le ton du recueil : « J’avoue j’bafouille, j’bégaie, j’balboa et j’balbutie ». En jouant avec les sonorités et les répétitions, Amans transforme son hésitation en une chorégraphie verbale, un balbutiement poétique maîtrisé qui cite même le personnage de Sylvester Stallone, il fallait oser.

L’originalité de la démarche réside dans sa manière d’exploiter ses faiblesses apparentes comme matière première du texte. Le poète ne cherche pas à paraître grandiloquent ; au contraire, il assume ses imperfections et en tire une poésie sincère et touchante. L’humour se déploie avec des jeux de mots astucieux : « J’balboa » évoque à la fois l’hésitation et le boxeur Rocky Balboa, renforçant l’image d’un combat intérieur.

Mathieu Amans jongle entre autodérision et profondeur, faisant du « parler-vrai » un art délicat où l’on chuchote ses vérités pour mieux résonner dans le cœur du lecteur.

« Né en poésie ». Dans cet poème, Amans traite la poésie comme une « maladie grave », jouant avec le paradoxe de cette douce addiction qui « empoisonne la vie ». Ce choix métaphorique confère une dimension tragique et comique à la fois : il dramatise son rapport aux mots tout en s’en moquant.
L’originalité réside dans l’analogie entre le processus créatif et une pathologie incurable. Cette comparaison crée une tension comique, car le lecteur oscille entre compassion et amusement face à cette souffrance artistique délicieusement exagérée.

L’humour s’invite également dans les contrastes : « Mon langage est notoirement plus fourni que mon compte en banque ». Ici, Amans joue sur le décalage entre richesse verbale et précarité matérielle, révélant un poète désenchanté mais toujours mordant, on est là dans une superbe autodérision.

La sincérité brute et la musicalité du texte rappellent l’art du slam, où chaque vers est une confession rythmée, une catharsis audacieuse.

« L’oiseau qui chante ». Ici est déployée une poésie plus métaphorique et lyrique. Mathieu Amans y explore le thème de l’amour à travers une allégorie animale, se comparant à un « pigeon voyageur déjà mort dans son cœur ». Par ce choix, il traduit une mélancolie douce-amère, un désir de renaissance sentimentale.

L’originalité de cet extrait repose sur son style narratif qui mêle humour et poésie élégante. En décrivant sa quête amoureuse sous forme d’un ballet d’oiseaux, Mathieu Amans joue avec les clichés romantiques pour les subvertir avec légèreté : « J’irai ce soir la retrouver, faire sa cour la couver ». Le jeu de mots est habile et ingénieux, oscillant entre tendresse et ironie.

Mathieu Amans, à travers "Parler-vrai mais pas fort", déploie une poésie polymorphe, naviguant habilement entre humour, sincérité et profondeur. Son originalité réside dans sa capacité à se dévoiler sans artifices, à rire de ses failles tout en en faisant des forces poétiques. Avec une langue fluide et rythmée, il réinvente d’une certaine manière le slam en lui insufflant une touche personnelle à la fois touchante et drôle.

L’humour surgit également de la juxtaposition d’images poétiques et d’expressions familières : « Pourvu que celle qui me branche m’interpelle sans consonne ni voyelle ». Voilà une ’utilisation subtile du langage et des jeux de mots qui démontre une virtuosité stylistique tout en restant accessible et drôle.

Ce recueil est un hommage à la vulnérabilité et à la fragilité humaine, transformée en une force poétique universelle où chaque lecteur peut se reconnaître, s’identifier et peut-être se dire que la poésie est un langage familier où chacun peut s’exprimer.

Pour commander ce livre : https://www.aikido-budo-raji.com/shop.php

"Parler-vrai mais pas fort" de Mathieu Amans (Editions Porte 7)

le 23/02/2025
Impression