Critique de "Rouleaux de printemps » (sauce mouja) de Kev La Raj, Editions Porte 7
Un recueil de poésie à la fois ludique, audacieux et vibrant, qui explore une vaste gamme d’émotions puissantes et offre des images d’une beauté captivante et envoûtante. S’inscrivant dans la collection "Paroles Électriques" des Éditions Porte 7 dont Kev La Raj est co-éditeur avec son père Jaff Raji, ces textes puissants, enlevés, ultra rythmés revendiquent une écriture vibrante et engagée, fidèle à l’esprit de "poèmes électrochocs" et de "cris cardiaques" annoncés par la collection.
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.
Le style du beau thérapoète tatoué Kev La Raj est résolument contemporain, moderne et rebelle, mêlant poésie libre, slam et langage oral, ce qui donne à l’ensemble une énergie ultra brute et ultra vivante faite pour être lue, déclamée et entendue. L’auteur joue beaucoup avec les formes typographiques, les répétitions rythmiques et des métaphores osées ou bien senties, offrant une expérience de lecture aussi visuelle que sonore.
Les vers oscillent entre des moments de douce introspection, de silence et non-dits et des éclats de rage/colère ou de mélancolie, exprimant une quête identitaire et existentielle profonde et très assumée.
Kev La Raj exploite pleinement la typographie pour sculpter ses vers sur la page, créant un effet visuel puissant. Les parenthèses, les vagues de mots, les jeux de lignes et d’espaces miment le mouvement de la mer et des émotions en cascades. Cela n’est pas sans rappeler la poésie concrète ou les expérimentations visuelles comme celles d’Apollinaire, E.E. Cummings, Iliazd ou encore Mary Ellen Solt.
Dans le recueil "Rouleaux de printemps", la mention "sauce moujamouja" est utilisée comme une expression poétique et n’est évidemment pas qu’une référence culinaire mais rajoute de l’humour et de la distance au sous-titre de l’oeuvre.
Le mot "mouja" vient de l’arabe et signifie "vague" . L’auteur utilise "sauce moujamouja" pour évoquer l’idée d’un mélange fluide et mouvant, à l’image des vagues qui avancent et reculent sans cesse. Cela symbolise certainement pour l’auteur les oscillations émotionnelles, les flux de pensées ou encore les hauts et bas de l’existence, thèmes récurrents dans le recueil.
L’eau, la vague et le mouvement sont des motifs récurrents qui structurent le recueil, symbolisant à la fois le flux des émotions et les turbulences de l’existence. La dualité de l’être — entre centre et périphérie, attraction et répulsion — traverse les poèmes, explorant des questions de relation à soi, aux autres et au monde. La mer devient ainsi le miroir des contradictions intimes et sociales.
C’est une manière poétique de dire que les poèmes sont imprégnés d’un mouvement constant, d’une dynamique de flux et de reflux, à l’image des vagues.
Le recueil n’est pas que visuel et beau à écouter, il aborde également des thèmes sociétaux et politiques avec un regard acéré, dénonçant les hypocrisies modernes et les violences structurelles, tout en maintenant une profondeur poétique et philosophique qui n’est pas très loin de l’essence même du pamphlet. Le travail développé par l’auteur dans son recueil Green Cruising" (2024), devient plus intime et introspective encore dans ce "Rouleaux de printemps » à la sauce mouja.
Ce qui distingue "Rouleaux de printemps", c’est son humanité désarmante, son altruisme. Kev La Raj y dévoile ses fragilités et ses révoltes avec une sincérité qui touchera très sensiblement chaque lecteur. La parole poétique devient ici un espace de résistance, de résilience et de réinvention permanente de soi.
L’auteur mélange langage oral, argot, et expressions familières avec des envolées poétiques lyriques. Son style rappelle l’énergie du slam et du spoken word, ce qui donne à ses textes un rythme vivant, chaque poème est vu comme une performance. Les répétitions et les variations sonores créent une musicalité qui interpelle à haute voix autant qu’à la lecture silencieuse.
"Rouleaux de printemps" est un recueil qui bouscule le lecteur par sa vitalité et son intensité émotionnelle. Kev La Raj signe une œuvre poétique unique et puissante qui, à l’image de la mer, submerge et transforme, n’est jamais figée dans son ressenti et son expression.
« Leurs rayons ne me brûlent pas/ ils évaporent les larmes / pour en arroser les étoiles. » Cet extrait, par exemple, est puissant grâce à la métaphore de la transformation de la douleur en beauté, exprimant une résilience poétique. La juxtaposition de l’évaporation et de l’arrosage des étoiles frappe et interpelle par son imaginaire lumineux, et intense.
C’est un voyage littéraire à travers les remous de l’âme humaine, une exploration des contradictions, des beautés et des aberrations de notre époque. Ce recueil original non genré, non binaire et transpoétique et sans cesse en mouvements, ravira les lecteurs qui aiment la poésie engagée, naturelle et référentielle.
De succulents rouleaux de printemps poétiques, à consommer sans modération.
Comment se procurer ce livre chez Porte 7 : https://www.aikido-budo-raji.com/shop.php?force
Couverture : Kim Lan Nguyen
Design graphique : Gilo : http://www.gil-graphicdesign.fr
Rouleaux de printemps, sauce mouja, Kev La Raj, Porte 7, 6 euros
