SOURDRE de Zoé Besmond de Senneville
Je l’ai d’abord vue et entendue sur scène pendant une Traversée de la nuit du FiEstival MaelstrÖm dire ses poèmes avec son unique vissé à la dégaine.
Une jeune femme presque quarantenaire qui a des allures de jeune fille. Un être, délicieusement, anachronique.
J’ai trouvé ses lectures incroyablement percutante, étonnante, fraiches, libres, décalées et brillantes. J’ai eu envie de mieux la connaitre, de la comprendre plus avant.
Alors j’ai lu son livre SOURDRE qui résonne comme LE MERDRE de Ubu Roi de Jarry. L’histoire d’une drôle de fille hypersensible aux intérêts certainement spécifiques qui commence à ne plus entendre le monde et décide alors d’aller à l’enterrement de ses oreilles. C’était JUBILATOIRE.
C’est loufoque mais ça a du sens et puis les poèmes se suivent puis se juxtaposent puis la topographie devient folle et les mots sont tout aussi justes.
C’est un objet-livre à la mise en scène épatante, vive, créative, désarçonnante et lumineuse. C’est un livre-objet dans la lignée de l’Ecume des jours de Boris Vian.
Le monde grossit ou rapetisse dans son oeil.
Une jeune fille solitaire avec son corps et son chat. Elle est oubliée par l’amour mais donne ses lèvres à C, un photographe italien qui a un Lumix.
On est dans du Eric Rohmer sous acide, il y a une sagesse, une tendresse, un regard sur le monde depuis sa focale étrange et mystérieuse. Elle est, indéniablement une héroïne de Rohmer. Oui elle a dû s’échapper d’un film de Rohmer comme Pascale Ogier ou d’autres.
La fille, l’auteure cherche ses origines, dialogue avec ses ancêtres, interroge sa différence, cherche à savoir pourquoi elle est là et quelle est sa place dans sa vie et dans l’univers.
SOURDRE est un merveilleux travail sur l’identité, et cette petite fille intemporelle à la grande acuité mentale est profondément une artiste, corps et âme.
Son existence est une matière, un outil, son corps un instrument. Zoé Besmond de Senneville écrit, parle, crie dans le silence et nous l’écoutons, religieusement.
C’est un livre magique qui se lit dans tous les sens. Il y a pleins de chemins possibles.
On a envie de déchirer des pages et de les mettre dans un cadre. C’est une livre d’Art plastique aussi.
La poétesse est nue, pudique et impudique à la fois. Le corps est l’épicentre de tout, mais l’esprit n’est pas en reste. Et ce n’est pas parce qu’elle est nue qu’elle est facile. Non elle est admirablement complexe, inspirante.
Le mouvement vers la surdité amène (mais ne condamne pas) Zoé au silence, alors elle le met en scène avec une énergie folle, avec méthode, une belle distance-proximité et surtout avec un goût prononcé pour l’Art comme un espoir possible, comme un exutoire sublimé.
C’est un livre culte, fondateur, un livre qu’on pourrait citer en référence. Chaque poème est une Expérience, ce livre sur l’apprentissage est un grand grand livre de Littérature polychrone qui nourrit le lecteur comme rarement.
Retenez bien ce prénom court et vif, et ces longs et nobles patronymes, et découvrez vite cette oeuvre singulière in Progress. Ne soyez pas aveugles et sourds à tant de talent.
SOURDRE et autres poèmes, Zoé Besmond de Senneville, MaelstrÖm Reevolution.