« La Maison de mues », Catherine Serre, l’Arbre à Paroles
C’est d’abord un très beau titre qui associe deux éléments très différents et qui pourraient être antinomiques s’ils n’étaient pas la volonté motivée de la poétesse qui donne du sens et qui ouvre le chemin d’une connaissance nouvelle. De ce titre original, un onirisme se dégage, un monde fantasmatique entre le monde de l’homme et le règne animal. La maison est un édifice d’habitation humain individuel ou collectif. La mue, c’est le changement qui affecte la peau, la carapace, le poil… de certains animaux à un moment bien particulier de leur développement intime et fondamental.
« La Maison de mues », c’est la matrice d’un recueil de prose poétique fort bien mené, une voie, une voix maîtrisée, exigeante, inventive, qui s’exprime dans une belle langue à la fois simple et profonde. L’Écriture de Catherine Serre a du style, de l’audace, le jeu de mot y est léger et subtil, les mots-valises pleuvent.
Installée au coeur du paysage, elle analyse une histoire perdue, effacée ou oubliée. Ce livre est une mémoire retrouvée, précieuse et érudite. Une histoire charnelle et dérangeante comme une ritournelle où les mots résonnent et raisonnent, où les mots sont dits et ont des sons.
Le corps-écriture s’exprime avec une belle faconde et une grande acuité. Les mots sont des petits fous.
Catherine Serre écrit dans une grande musicalité inspirée par Erik Satie et Philip Glass. Le corps-écriture exhume, conte, dissèque et entonne dans des vues, des murmures, des transes et mue des mues pour finir dans la maison de Mues.
Le placenta quitte le masculin pour devenir la placenta. La recherche de la chair jumelle est omniprésente. On a oublié le tout début du corps, donc l’essentiel. L’auteure tente de corriger une injustice séculaire.
Ce recueil à la fois, simple et complexe, dense et aérien est d’une rare ambition, d’une beauté formelle impressionnante où l’audace est toujours séduisante et légitime. Il faut plusieurs voyages au sein de l’Écriture de Catherine Serre pour y goûter toute la vision, le mystère et l’hypertextualité.
C’est le premier livre de cette féministe et humaniste qui combat le patriarcat littéraire avec une énergie folle et un talent certain.
Une auteure dont la maison est un temple mémorielle absolument bouleversant et enrichissant. On reviendra, très certainement, à "la Maison de Mues" pour lutter contre la fausse histoire et remettre les pendules à l’heure. C’est brillant, beau et historique.
Catherine Serre est née en 1959 à Lyon, elle vit à Villefranche sur Saône à la porte du Beaujolais. Après deux vies professionnelles, celle d’enseignante dans le premier degré puis de fonctionnaire au sein de la Ville de LYON, elle a depuis 2012 tout son temps à elle pour écrire et créer.
« La Maison de mues », Catherine Serre, l’Arbre à Paroles, 90 pages, 13 euros