Mata mort

Mata mort

Un drame brutal à la pleine face livide de l’inhumanité. Un roman sociétal sur la vie crevée des Anges. Une fille de seize ans, qui a le don de l’Ecriture, lutte dans son école surpeuplée de bourges pour la Lutte des Classes. Pour sortir de son milieu il faut aller à l’Extrême, si l’on n’est pas bien né. Il faut prendre le Gauche, et les chemins d’Ouest pour traverser les tempêtes intérieures et renaître à soi-même. Briser la chaîne.

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Jeunesse suicidée au pays de la virginité impossible. Un champs de fleurs déjà salies.

Franca Maï fait d’une histoire banale d’adolescente, d’un mauvais scénario d’apprentissage, de la trame d’un téléfilm à l’eau de rose, un attentat poétique saisissant.

Punkette surdouée au corps sculputural convoité, Mata passe une à une les étapes pour échapper à son destin de pondeuse programmée, soumise et sans goût, pour ne pas entrer à l’Usine comme sa génitrice, pour ne pas être dominée comme toutes celles qui sont les esclaves de leur condition.

Trouver la force, pour l’Amour d’un brun ténébreux qui fait papillonner les filles et la beauté du geste, forcément fantasmé. Romantisme macabre, équilibriste précaire.

Sa mère à elle, une Reine qui est aimée à l’infini pluriel laisse traîner ses serviettes hygiéniques pour marquer son territoire. Ca pulse oblique. Il ne faut pas toucher à la Matrice. On ne désacralise pas la Mère. Alors Mata va se faire violence et trouver l’apaisement dans le sang versé, dans l’Acte insensé. Au risque de pourrir toute sa vie en taule. Rien n’est pire que l’immobilisme ou le renoncement. La peine, le malheur et la douleur excusent le meurtre salvateur.

« Speedy Mata » se lit d’un jet, comme un bon rail de coke qui mènerait vers des lendemains qui chantent. Ou qui refuseraient de déchanter encore.

Faire la pute devant les huissiers, ne se donner corps et âme qu’au nom d’un idéal, croire à l’Amour dans un pays gris comme une peau de souris. Speedy Mata est un testament littéraire d’une mère pour sa fille.

Un roman matriarcal qui se passerait de femme en femme pour la nuit des temps.

Entre réalité et affliction, Olivier Besancenot en facteur guest star, une folie onirique qui trouve son rythme et son souffle malgré l’apreté des enjeux.

Une histoire de femelle au ventre qui accuse les coups de triques comme les coups de sang, qui engendre l’envie ou la vie. Le désir sordide ou beau sous fond de Révolution latente.

Une écriture juste, une énergie justicière, des froids dans le dos, des traces de vomissures et des interrogations. Un style rock and roll entre érudition et éructation du verbe. Un nouveau langage, une prose furieuse et inclassable qui lutte pour exister et qui en dit long sur la société des receptacles. Rapide, mais intense.

Dessin : FM par Rotil

Speedy Mata, Franca Maï, Cherche Midi, 2004, 103 pages, 10 euros.

le 15/12/2004
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