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LA LIBRAIRIE LA GRIFFE NOIRE EST INDÉPENDANTE, AVEC OU SANS L’AUTORISATION DU CNL

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LA LIBRAIRIE LA GRIFFE NOIRE EST INDÉPENDANTE, AVEC OU SANS L'AUTORISATION DU CNL

Le Centre national du livre aurait refusé à La Griffe Noire le label « Librairie indépendante de référence ». Aussitôt, une absurdité s’est installée : l’une des librairies les plus singulières et les plus libres de France ne serait donc pas une librairie indépendante.

Il faut remettre les mots à leur place.

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Le CNL n’a pas le pouvoir de décider qu’une librairie est indépendante dans le sens courant du terme. Il peut accorder ou refuser un label administratif appelé LiR, selon une série de critères précis. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

Refuser un label ne transforme pas soudainement une librairie fondée par deux passionnés en succursale d’une multinationale. Cela ne fait apparaître ni actionnaire milliardaire, ni maison mère, ni chaîne commerciale cachée derrière les rayonnages.

La Griffe Noire reste La Griffe Noire.

Un label n’est pas une définition

Le label « Librairie indépendante de référence » est attribué pour trois ans, établissement par établissement. Il prend en compte la structure du capital, le chiffre d’affaires réalisé avec la vente de livres neufs, le nombre de titres disponibles, la part des dépenses consacrée au personnel et la qualité des animations culturelles.

Ces critères peuvent être utiles. Ils permettent d’organiser l’attribution d’exonérations fiscales, de subventions ou de conditions commerciales particulières.

Mais ils ne constituent pas une vérité philosophique sur l’indépendance.

Une librairie peut être parfaitement indépendante et ne pas obtenir le label LiR. De la même manière, une œuvre peut être remarquable sans avoir reçu de prix, un film peut exister sans avoir été sélectionné à Cannes et un écrivain peut avoir du talent sans être invité dans les salons parisiens.

Un tampon administratif reconnaît une situation à partir d’une grille. Il ne crée pas cette situation.

L’indépendance économique

Fondée en 1987 à Saint-Maur-des-Fossés par Gérard Collard et Jean-Edgar Casel, La Griffe Noire ne dépend d’aucune grande chaîne de librairies. Elle n’est pas pilotée par un groupe industriel, un fonds d’investissement ou une maison d’édition.

Ses dirigeants affirment réaliser la totalité de leur chiffre d’affaires avec les livres, disposer d’un capital indépendant et proposer un assortiment diversifié.

Si l’un des critères administratifs n’a pas été rempli, le CNL devrait simplement préciser lequel, avec une explication compréhensible et éventuellement la possibilité de corriger ou de compléter le dossier.

Une décision publique gagne toujours à être motivée clairement. Un message sec et impersonnel ne suffit pas lorsqu’il touche un établissement culturel reconnu depuis près de quarante ans.

L’indépendance éditoriale

Mais l’indépendance d’une librairie ne se mesure pas seulement dans un bilan comptable.

Elle se voit dans les livres qu’elle choisit de défendre. Dans sa capacité à ne pas obéir aux classements de ventes, aux campagnes publicitaires ou aux consignes des services commerciaux. Dans la possibilité de soutenir un auteur inconnu aussi vigoureusement qu’un prix Goncourt.

Sur ce terrain, La Griffe Noire a peu de leçons à recevoir.

Gérard Collard peut aimer un livre que tout le monde ignore et détester celui que tous les médias célèbrent. On peut être d’accord ou non avec ses jugements. C’est même le principe. Une parole indépendante n’est pas une parole avec laquelle tout le monde tombe d’accord. C’est une parole qui accepte de déplaire.

Les fameuses étiquettes colorées de La Griffe Noire, ses conseils enthousiastes, ses colères, ses découvertes et ses partis pris ont créé un rapport au livre immédiatement reconnaissable. Rien n’y ressemble à une sélection décidée depuis le siège social d’un groupe.

L’indépendance d’esprit

La véritable singularité de La Griffe Noire se trouve peut-être là : dans son refus de devenir une librairie polie, silencieuse et interchangeable.

Gérard Collard et Jean-Edgar Casel ont toujours considéré le libraire comme un passeur, mais aussi comme un critique. Leur métier ne consiste pas uniquement à empiler les nouveautés envoyées par les éditeurs. Il consiste à lire, choisir, éliminer, défendre, provoquer et parfois se tromper avec panache.

Cette liberté peut agacer. Elle peut déranger certains auteurs, éditeurs ou responsables institutionnels. Elle reste pourtant indispensable.

Une librairie qui ne prend plus aucun risque, ne critique plus rien et se contente de vendre ce que la promotion lui demande de vendre devient un simple point de distribution. La Griffe Noire n’a jamais été cela.

Elle est un lieu vivant, excessif, coloré, parfois désordonné, où les livres sont encore l’objet de conversations, de disputes et de passions.

Une institution ne peut pas effacer quarante ans d’existence

La Griffe Noire a organisé des centaines de rencontres, accueilli des auteurs connus ou débutants, fait découvrir des écrivains négligés et participé à de grands rendez-vous littéraires.

Des générations de lecteurs sont venues y chercher autre chose qu’un produit portant un code-barres : une recommandation humaine, une surprise, parfois même une contradiction.

Aucune commission ne peut effacer cette histoire.

Le CNL est parfaitement en droit d’appliquer les règles de son label. La Griffe Noire est tout aussi fondée à demander pourquoi son dossier a été écarté. Mais personne ne devrait transformer une décision administrative en jugement définitif sur l’identité de cette librairie.

La bureaucratie adore les cases. La littérature, heureusement, passe son temps à en sortir.

Le véritable label est celui des lecteurs

Une librairie indépendante n’existe pas uniquement grâce aux subventions, aux décrets et aux logos collés sur une vitrine. Elle existe parce que des lecteurs continuent d’y entrer et d’y acheter leurs livres.

C’est sa force, mais aussi sa fragilité.

La meilleure réponse à cette décision n’est donc pas seulement l’indignation. Elle consiste à pousser la porte de La Griffe Noire, à écouter un conseil, à discuter, à découvrir un auteur et à repartir avec un livre sous le bras.

Le label le plus précieux ne sera jamais attribué par une commission. Il est délivré chaque jour par les lecteurs qui choisissent encore une librairie plutôt qu’un algorithme.

La Griffe Noire est indépendante parce qu’elle ne dépend d’aucun groupe.

Elle est surtout indépendante parce qu’elle n’a jamais demandé la permission de penser.

Certains articles du Mague bénéficient d’un éclairage ponctuel et maîtrisé de l’intelligence artificielle.

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