Portrait de Ania Lemin

Portrait de Ania Lemin

Next (F9) vous propose des portraits de personnalités connues ou inconnues, des poètes ou des vendeurs de boutons, des gauchos ou des gauchers. L’important est de rêver. Chacune des personnalités est contactée personnellement, décide de sa photo à publier et raconte à Patrick Lowie un rêve marquant. Précision d’usage : ce portrait est un portrait onirique, et donc, ce n’est qu’un portrait onirique et imaginé. Par conséquent, l’histoire qu’il raconte n’est pas une histoire vraie.

L’expérience onirique est parfois bien étrange. On se réveille léger en se posant la question : mais pourquoi ai-je rêvé de ceci ou de cela ? On essaie d’interpréter, d’y voir des signes, parfois on trouve, parfois pas. On perd son temps (quelle belle idée !). C’est exactement ce qu’il s’est passé ce matin au réveil. Perdre mon temps, perdre les eaux de mon fleuve intérieur. Cette nuit, j’ai rêvé d’Ania Lemin. Je me suis réveillé alors qu’elle me répétait en boucle : apprendre en douceur, apprendre en douceur, apprendre en douceur… Là, je vous raconte la fin d’un rêve qui a débuté bien plus tôt dans la nuit. Ania Lemin est auteure, chanteuse, illustratrice. On se connaît depuis une trentaine d’années lorsqu’elle était étudiante à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles. Puis elle a porté son corps dans les rues de Montreuil. Y est-elle toujours ? A quoi pense-t-elle ? Dans le rêve, un peu embarrassé, je lui ai dit : Ania Lemin, je viens d’apprendre qu’à quelques kilomètres du volcan Imiryacht, vous savez, à Mapuetos, dans ce pays qui n’existe pas, il y a une mer sans fond et je vous imagine bien tel Jésus Christ marcher sur ses eaux ou tel Colomb traverser l’infini des vagues invisibles. Mais soyez prudente, à Mapuetos rien n’est comme ailleurs. Elle ne me dit ni oui ni non et c’est en regardant le ciel, qu’elle reprend : le vent du sud décidera à ma place. Tout est sur le point de s’éteindre. De s’étendre. Je termine ma fresque, j’enlève mon paletot et j’irai avec mon martinet si le vent est favorable. Je ne sais pas si c’est parce que je suis grand, j’ai l’impression d’avoir la tête dans les nuages. Toujours prêt à m’évanouir. Le volcan gronde comme un vieux bourgeois qui, en temps de crise, peste de ne plus rien pouvoir s’offrir. Je me sens beau à faire pâlir mes ennemis. En rouvrant les yeux, je vois Ania Lemin, l’amour en écharpe, faisant du ski nautique sur la mer désalée de Mapuetos. Le martinet, l’oiseau, au-dessus d’elle comme un nuage qui fait ombrage, qui ne s’est plus posé depuis plusieurs années. Ne vous préoccupez pas pour l’oiseau, me lance-t-elle, je m’occupe de lui depuis longtemps, je ne suis pas un poisson, il ne peut faire de moi une bouchée, il mange des insectes, je ne suis pas une fourmi. Accompagnez-moi, chaussez ces skis de mer. Et elle m’emmena. Tirés par quatre épingles, les bras tendus vers les nuages, les silhouettes se confondant à la lave du volcan au loin surpris lui-aussi par nos mouvements. Ce que je n’avais pas immédiatement compris, c’est que c’est l’oiseau, le martinet, qui nous guidait. Il finit par nous emmener dans un lieu encore plus isolé, vers un nid, un nid où des œufs sont en train d’éclore et où l’on découvre avec stupéfaction les premiers mouvements de bec d’oisillons. Oui, oui, Patrick Lowie, il y a de la vie à Mapuetos. Et après un rire qui me rappela des souvenirs très anciens, je comprends que nous sommes dans un de ses dessins.

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